Il n’y a pas de campagne possible sans argent. C’est le nerf de la guerre. Depuis 1995, la loi renforce la transparence financière de la vie politique. Il n’est plus possible de tricher, tout est contrôlé. L’état fixe un plafond des dépenses, il est de 15 millions d’euros pour tout candidat présent au premier tour, et de 20-21 millions d'euros pour les deux qui seront qualifiés au deuxième tour. L'Etat rembourse la moitié de ce plafond à tous ceux qui auront dépassé les 5% de voix au premier tour. Le reste est pris en charge par les partis politiques et les donateurs. C’est la Commission nationale des comptes de campagne qui est chargée d’exercer un contrôle extrêmement rigoureux sur ces dépenses. Comme le confirme Eric Woerth, député-maire de Chantilly et trésorier de l’UMP. C’est là que l’ambiguïté commence. Doivent-ils être considérés en campagne s’ils n’ont pas été désignés par leurs partis respectifs ? Ségolène Royal tout d’abord : c’est en novembre prochain que les militants du PS désigneront leur candidat. En attendant, la députée socialiste mène une campagne qui ne dit pas son nom. Des dizaines de fédérations visitées, un voyage au Chili. Tout cela ne coûte rien ou presque, affirme Patrick Menucci, son plus proche collaborateur, secrétaire national du PS, rencontré par Françoise Degois. Et voilà, chic et pas cher. Rien à voir avec l’armada de Nicolas Sarkozy, régulièrement accusé par l’opposition de faire campagne avec les moyens de la République. Ecoutez ce qu’en dit l’ancien ministre Jack Lang, toujours au micro de Françoise Degois : Nicolas Sarkozy abuse-t-il des moyens de l’Etat ? Il lui a été reproché de cumuler des déplacements officiels avec des meetings politiques, voire des week-ends privés en Corse ou à Londres. Accusation réfutée par la place Beauvau, qui explique que quand le ministre se déplace, c’est le gouvernement qui finance. Quand c’est le président de l’UMP, comme ce soir à Agen, c’est le parti. Il arrive que les deux soient mêlés et là c’est 50-50 pour régler la facture. Et dans ce cas, le futur candidat va jusqu’à utiliser des voitures différentes pour se déplacer, comme le raconte Eric Woerth, le trésorier de l’UMP. Et puis il y a ceux que l’on appelle les petits candidats. Nicolas Dupont-Aignan, député UMP de l'Essonne, va se présenter sous l'étiquette de sa formation gaulliste, Debout la République. De quelle somme dispose-t-il pour faire campagne? Moralité : même si les poids lourds voient leur comptabilité passée au crible, le système leur permet de profiter d’une certaine forme d’ambiguïté et il y a peu d’espace et peu de chance de réussite pour les petits candidats. Un dossier de Jean-François Achilli.

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