C'est demain que le Royaume-Uni vote pour ou contre son maintien dans l'Union européenne. Reportage à Queensbury, dans l'ouest du Yorkshire, où le parti Ukip fait carton plein.

Autocollant pour le Brexit
Autocollant pour le Brexit © Reuters / Phil Noble

Nous sommes à quelques dizaines de kilomètres seulement de l’endroit où, la semaine dernière, la députée Jo Cox a été assassinée. Une petite ville, qui, aux dernières élections, a massivement voté pour le parti Ukip.

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Dans ce quartier résidentiel, avec ses maisons en pierre ocre au milieu des collines et des prairies, un électeur sur quatre a voté pour Ukip, un parti xénophobe et eurosceptique. C'est un record. Pour trouver les partisans du Brexit, il suffit de pousser la porte du pub.

Antony Barker a 75 ans. Ingénieur à la retraite, il se souvient de l’entrée du Royaume-Uni dans l’union européenne, et du premier référendum, en 1975. "J’avais voté oui parce qu’on était censé rejoindre un marché commun. C’était une super idée : le libre échange, à travers l’Europe, sans aucun problème... Mais on a été trompés, induits en erreur. Je veux en sortir. Les lois sont faites par des bureaucrates qui ne sont pas élus. Londres récupère tout, et nous on ne nous donne rien. Le plus gros problème c’est l’immigration de masse."

Au-delà des travailleurs venus d’Europe de l’Est, ce que redoute Antony c’est l’arrivée de migrants syriens, et pakistanais.

C'est en train de dépasser le cadre de l’Europe, c’est ça qui m’inquiète. Tous les réfugiés qui essaient de venir et on n'a pas la place pour eux. Jusqu’ici, on a intégré tous les gens qui sont arrivés, mais il y a des limites. Je ne suis pas raciste ! Il y a quand même beaucoup de différence entre être raciste et vouloir protéger son propre pays...

À la même table, Aymon prend la parole pour tenter de raisonner ses amis. C’est un entrepreneur, un des seuls a ici a vouloir rester dans l’Europe. Le discours de l’extrême-droite, la dernière affiche de campagne de Ukip le mettent en colère. On y voit une colonne de réfugiés, avec le slogan "Breaking point" (point de rupture).

«Ukip et ceux qui soutiennent le Brexit jouent sur la peur. Ça tourne toujours autour de l’immigration, l’immigration. Mais c’est pas pas toujours négatif, l'immigration ! Regardez le système public de santé : on a plein de gens de plein de pays différents. Des infirmières, des docteurs... Et vous le savez : on leur fait faire les sales boulots.

Le discours de l’extrême-droite de plus en plus contesté ces derniers jours

Depuis la mort de Jo Cox, la députée travailliste  assassinée par un homme qui pourrait être liée à des mouvements nationalistes, selon les journaux anglais, la donne a changé. Une ancienne secrétaire d’État aux affaires étrangères, favorable au Brexit, a décidé de tout arrêter. "Je suis écœurée par la campagne, la haine et la xénophobie", dit-elle.

Dans l’ouest du Yorkshire, le représentant local Ukip, Luke senior, se demande lui aussi si son parti n’est pas allé trop loin. "Ce que la plupart des gens voudraient avoir c’est un débat honnête et raisonné sur l’immigration. Qu’on parle du bénéfice net de l’économie liée aux immigrés, en se basant sur des faits. Pour moi il s’agit avant tout de contrôler et de savoir de quelles compétences le pays a besoin, par exemple dans le domaine de la construction, ou dans le système de santé."

Un débat de toute façon inutile, rappelle Shona Hunter, professeur de sociologie politique à l’université de Leeds. Il n'y a aujourd’hui à Bradford que quelques centaines de réfugiés syriens. Mais quels que soient les chiffres, ce qui compte dans le jeu politique du moment, c’est la manière dont ils sont perçus.

Il y a un fossé entre la perception et la réalité. Même si on a une vison réaliste (avec des chiffres, par exemple, des politiques et des pratiques qui favorisent l’intégration), la manière dont on perçoit les choses est de plus en plus liée a l'islamophobie, et à cette question : « qui est le bon et qui est le mauvais migrant ». On regarde celui qui n’est pas blanc, celui dont on imagine que le comportement pose problème.

Et l’universitaire conclut : "Il s’agit avant tout de l’image que es Britanniques ont d’eux-mêmes. La perte de repères, la nostalgie d’un empire, et d’une époque où la Grande Bretagne contrôlait (en partie) le monde.

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