Notre reporter Omar Ouahmane a pu se rendre à Raqqa, fief du groupe État Islamique en Syrie depuis 2014, alors que les Forces Démocratiques Syriennes tentent de libérer la ville.

A Raqqa, combattants kurdes de l'UPP (Unité de protection du peuple) en lutte contre les djihadistes encore présents dans certains quartiers de la ville
A Raqqa, combattants kurdes de l'UPP (Unité de protection du peuple) en lutte contre les djihadistes encore présents dans certains quartiers de la ville © Reuters / Goran Tomasevic

Dans ce fief de l'organisation État Islamique, la situation est très volatile entre les forces du régime syrien et les forces de la coalition, menée par les États-Unis, qui soutiennent une alliance de combattants kurdes et arabes pour déloger l'EI de Raqqa. Ces combattants engagés au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS) contrôlent désormais quatre quartiers de la ville et ont également avancé mardi au sud de Raqqa, l'encerclant presque complètement.

Face à cette coalition, entre trois et quatre milles djihadistes , au milieu d’une population estimée à 150 000 habitants. Le quartier d’Al Roumaniah, à l’ouest de la ville, a été libéré et se trouve désormais protégé par de nombreux combattants et combattantes de Kobané, ville martyr. Avachin,18 ans à peine :

J'ai décidé de me battre car les djihadistes ont attaqué ma ville de Kobané il y a deux ans. Aujourd'hui c'est notre revanche, et celle de toutes les victimes de Daech

La bataille de Raqqa depuis 2014
La bataille de Raqqa depuis 2014 © AFP / Sabrina BLANCHARD, Thomas SAINT-CRICQ, Omar KAMAL /

Dans ces quartiers libérés, au nombre de quatre pour l’instant, les rues sont désertées, des voitures calcinées témoignent de la violence de l’assaut. Et le danger est omniprésent comme ici à l’entrée de Raqqa près du fleuve l’Euphrate. Ahmed fait partie des Forces démocratiques Syriennes :

Il y a deux jours, des djihadistes ont traversé le fleuve et nous ont attaqué par surprise. Ils ont attaqué trois de nos hommes, dont un a été décapités. Leurs corps sont encore là, cela signifie qu'il y a des cellules dormantes de Daech. Et si les djihadistes ont été chassés de certains quartier, son idéologie est toujours présente

Le contrôle des territoires à Raqqa
Le contrôle des territoires à Raqqa © AFP / Simon MALFATTO, Sabrina BLANCHARD, Omar KAMAL

Le sort inquiétant des civils

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé mercredi les forces soutenues par les États-Unis à protéger les civils dans leur offensive contre Raqqa. Ces derniers ne sont pas nombreux à fuir les combats, et ils le font au compte goutte, souvent sur des mobylettes surchargées et en famille, comme Mustapha :

Daech c'est terminé, on a réussi à s'échapper, mais on a laissé beaucoup de monde derrière nous. Je ne sais pas ce qu'ils vont devenir...

Ces civils vont rejoindre un camp, au nord de Raqqa, où s’entassent près de 10 000 déplacés, sous un soleil de plomb. Fatma porte dans ses bras un bébé de 22 jours :

Je ne peux pas allaiter, je n'ai pas de lait. Je dois l'acheter dans le commerce en dehors du camp et ça me coûte à chaque fois 6 euros. C'est très cher et j'ai 5 enfants. On a fui précipitamment, on a rien pris avec nous, on porte les mêmes habits et on vient de nous apprendre que notre maison a brûlé

Antonio Guterres a appelé les belligérants à autoriser l'accès aux convois d'aide humanitaire, de nourriture et de médicaments. La Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie a exprimé son inquiétude concernant le nombre "sidérant" de victimes civiles dans cette bataille de Raqqa.

Raqqa, enjeu de taille entre la coalition internationale et les forces du régime

Cette bataille de Raqqa a fait monter la tension entre la coalition internationale et les forces du régime de Bachar Al Assad soutenues par la Russie : dimanche 18 juin, un avion syrien a largué des bombes près des forces soutenues par la coalition internationale dans la province de Raqqa. Il a été immédiatement abattu par un appareil américain. Moscou a qualifié cet acte d’"agression" et menace à son tour de pointer ses missiles sur les avions de la coalition. Mais pour Kino Gabriel, des Forces Démocratiques Syriennes, cet épisode est la preuve de la capacité de nuisance du régime de Bachar Al Assad :

<div>> Le régime veut ralentir notre progression (...) Il ne veut pas que nous libérions Raqqa, il ne souhaite pas notre victoire. Il refuse de reconnaître qu'il n'a pas réussi à le faire, qu'il n'en a d'ailleurs pas les moyens(...) donc il essaie de faire capoter notre projet de création d'une fédération de la Syrie du Nord

"Ce qui l'inquiète par-dessus tout, poursuit Kino Gabriel, c'est l'accord auquel toutes les composantes du peuple syrien sont parvenues, pour bâtir un nouveau futur sans le régime".

C’est l’avenir de la Syrie qui se joue à Raqqa après Daech : d’un côté le régime de Bachar Al Assad qui n’a pas renoncé à reconquérir tous les territoires qui lui échappent, même aux confins du pays, de l’autre les Forces Démocratiques Syriennes porteuses d’une solution fédérale au conflit syrien.

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