Le papier électronique va-t-il remplacer le bon vieux papier journal qui tache les doigts ? Les journaux s'intéressent à cette technologie qui pourrait permettre, à terme, d'économiser les coûts d'impression et de distribution. Premier en France à se lancer, le quotidien « Les Echos », qui propose depuis un mois de s'abonner à sa version sur papier électronique... Vous vous souvenez peut-être d'une scène de « Minority Report », de Steven Spielberg. On est en 2054, un passager du métro lit son journal. Soudain, la Une se barre d'un gros titre rouge, annonçant la traque d'un fugitif. 2054 n'est pas si loin. D'ici deux ans, seront au point les premiers prototypes de feuilles de papier électronique fines, souples et de grande taille, capables de contenir des milliers de pages en mémoire. En France, la société Némoptic s'est lancée dans l'aventure il y a 8 ans. Leader européen du "e paper", l'entreprise emploie pour l'instant 40 personnes et abrite dans les Yvelines un centre de recherche et développement (son). Jacques Angelé est le directeur technique de Némoptic. Sa société, financée grâce à des capitaux-risques, compte devenir rentable très bientôt - car le « e-paper » a beaucoup d'avantages sur l'écran classique (interview). C'est en fait un marché énorme. Des projections tablent déjà sur un chiffre d'affaires pour le papier électronique de 1 milliard d'euros à l'horizon 2010, dans ses applications liées à la presse et l'édition. Sans compter les autres possibilités, depuis les étiquettes dans les magasins jusqu'à la documentation professionnelle. Et où en est-on justement pour la presse ? Aux prémices. « Les Echos » viennent de lancer une offre qui comprend, pour 650 euros par an, l'appareil de lecture, de format livre de poche, et l'abonnement au journal. Comment ça marche ? Vous téléchargez votre journal via internet, et vous l'emmenez ensuite partout. Dans le monde, peu de journaux s'y sont pour l'instant risqués, comme l'explique Bertrand Pecquerie, qui dirige le Forum des rédacteurs en chef au sein de la WAN, la World Association of Newspapers (interview). Les journaux auraient donc intérêt à s'y lancer, et vite. D'autant qu'on comprend bien leur calcul, quand on sait que 60% du prix d'un journal, c'est l'impression et la distribution. Mais le lecteur, lui, est-il prêt à lâcher si vite son journal papier ? Certains, comme Andréas Pfeiffer, consultant spécialisé dans les nouvelles technologies, pensent que le journal sur « e paper » restera un marché de niche (interview). C'était le cas, par exemple du CD et du DVD. Pour le papier en revanche encore un effort messieurs les ingénieurs - ça reste toujours plus sympa de lire un bon gros pavé sur la plage, ou un journal dont les pages s'envolent sur la serviette de la voisine. Un dossier de Corinne Audouin.

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