La mosquée de Reims.
La mosquée de Reims. © Radio France / Carine Bécard

Manuel Valls a récemment affirmé qu’il fallait poser la question du financement des mosquées françaises par des fonds étrangers. Secrets d’Info (ce soir à 19h20) pose donc cette question : l’islam de France est-il oui ou non sous dépendance de pays étrangers ?

Pas facile de répondre simplement, mais le poids de pays tiers joue indéniablement. Un exemple : la mosquée de Paris, le phare de l’islam en France. Qui nomme son recteur ? Eh bien c’est toujours le pouvoir algérien, alors qu’à l’origine, c’était pour surveiller les immigrés qui s’installaient en France, selonAntoine Sfeir, politologue et spécialiste de l'islam :

Dans les années 1960, quand on est allé chercher cette population non qualifiée dans les bleds, le contrat c'était 'tu viens, tu travailles, tu touches ton salaire et tu rentre chez toi'. D'où l'interêt pour Alger de les surveiller, parce qu'ils pouvaient revenir avec des idées subversives, de démocratie, de pluralisme, d'élection, etc.

Mais aujourd’hui, le lien n’est toujours pas coupé. C’est d’ailleurs l’Assemblée nationale populaire algérienne qui, chaque année, vote les dix millions d’euros alloués à la Grande Mosquée.

On retrouve la même chose avec le Maroc

Rabat finance le fonctionnement de certaines mosquées françaises, comme celles de Saint-Etienne et de Strasbourg. Et on a aussi vu récemment à Armentières (Nord) un litige entre l’imam et le président de la mosquée, tranché directement par le consul du Maroc. Un litige dont peut témoigner Bernard Godard, qui a longtemps travaillé au bureau des cultes au ministère de l’Intérieur : "Là, on a un conflit entre deux organisations pro-marocaines, explique-t-il, donc on va chercher l'arbitrage du consul. Alors que le consul ne devrait pas régler ce litige. Mais c'est vrai que la sensibilité religieuse, elle est Marocaine."

Le CFCM également sous influence

Dans l’actuel Conseil français du culte musulman (CFCM), l’institution qui est censée représenter l’islam de France auprès des pouvoirs public, les mosquées votent tous les trois ans pour élire leurs représentants. Mais le fonctionnement est finalement assez étonnant, explique l’imam d’Alfortville, Abdelali Mamoun :

La quasi-totalité des listes présentées au moment des élections sont toutes rédigées dans les consulats algérien, marocain ou turc. Moi-même quand un consulat à Pontoise, m'a proposé de faire partie d'une liste, j'ai trouvé ça complètement abérant. Mais de quoi je me mêle ?! On est en train d'organiser l'islam de France, et c'est dans les consulats qu'on va le faire ?

Alger et Rabat importent même leurs rivalités en France

La rivalité remonte aux années 1960. La frontière entre les deux pays est fermée depuis 21 ans. Il y a donc une toile de fond qui éclaire les brouilles au sein du CFCM ces dernières années. Mais qui explique aussi qu’on ait dû dissoudre la fondation des œuvres de l’islam. De plus, une autre fracture est en train de se créer, à l’intérieur même de chaque communauté. Entre une jeune génération née en France et qui ne parle pas l’arabe, et une autre plus âgée dont le Maghreb reste la référence. Certains ne comprennent pas pourquoi les prêches de la Grande Mosquée de Paris sont toujours exclusivement en arabe. C'est le cas de Nabil Nasri, le jeune président du Collectif des musulmans de France.

C'est désolant, on est en France. Dans la plupart des mosquées de France, le prêche le vendredi est à la fois en arabe et en français. Mais (ce qui ce passe à Paris) ça n'est pas un hasard. Cette pensée 'bledarde' fait que nous sommes en France, mais qu'on pense avec un logiciel qui est resté de l'autre côté de la Méditerrannée.

Ce qu’on entend donc en filigrane, c’est que plusieurs dizaines d'années après la décolonisation, il reste encore un islam de France à inventer. C’est pour cela qu’un nouvel organisme, plus ouvert, entre le CFCM et les pouvoirs publics devrait voir le jour. Maintenant, financer des mosquées autrement que par des fonds étrangers, sans déroger au principe de laïcité, ne sera pas une équation simple à résoudre.

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