L’ Estonie est depuis près de 30 ans le pays pionnier du web en Europe, avec une administration et des services privés sans papier qui inspirent des dizaines de gouvernement à travers le monde. Reportage dans la vraie « Start-up nation » où les électeurs votent depuis déjà une semaine, bien sûr sur Internet.

Telliskivi, le quartier des start-up à Tallinn
Telliskivi, le quartier des start-up à Tallinn © Radio France / Thibault Lefèvre

Pas d’isoloir mais un ordinateur, pas de signature sur un registre mais une carte d’identité numérique. Depuis jeudi dernier, les Estoniens peuvent voter en ligne. Ulla, 27 ans, interprète et conseillère culturelle, devant l’ordinateur de son bureau : "Je connecte ma carte d’identité numérique et mon lecteur de carte sur mon ordinateur. Je renseigne un premier mot de passe et pour prouver que c’est bien moi qui suis derrière l’ordinateur, je dois rentrer un second mot de passe. Si je veux, j’ai jusqu’à la fin de la période du vote en ligne pour modifier mon choix et si le jour des élections, le 26 mai, je veux aller dans un vrai bureau de vote, glisser un bulletin dans l’urne, c’est ce dernier choix qui sera pris en compte. Ça y’est, c’est terminé, j’ai voté.  

"J’économise beaucoup de temps et d’énergie. Avec ma carte d’identité numérique, je peux utiliser n’importe quel service comme le vote en ligne rapidement, facilement et de n’importe quel endroit. Je n’ai pas besoin par exemple de téléphoner aux administrations ou de faire la queue, tout passe par internet."

Ulla, Estonienne de 27 ans, vote pour les élections européennes depuis son bureau
Ulla, Estonienne de 27 ans, vote pour les élections européennes depuis son bureau © Radio France / Thibault Lefèvre

Avec des clips court, percutants, dans un anglais parfait, l’Etat promeut à l'étranger ce qu'il appelle "l’E-Estonie". L’Estonie est fière de sa politique numérique,  et elle le montre. 

A seulement quelques centaines de mètres de l’aéroport de la capitale Tallinn, l'Estonie a ouvert le centre de conférence de l’E-Estonie, deux grandes salles lumineuses et connectées. C’est là, à l'entrée du pays,  que l’Estonie vend son modèle numérique.  L’année dernière, près d’un millier de délégations d’un peu plus d’une quarantaine de pays, ont assisté aux présentations  pour entendre un argument choc : la numérisation de l'essentiel des services publics et privés, permet de gagner chaque année deux points de PIB. Tobias Koch s'occupe des présentations du "E-Estonia briefing center" : 

La carte d’identité numérique est la clef. Vous avez accès à toutes sortes de services avec le même système. Quand votre enfant naît, par exemple, vous le déclarez évidemment aux autorités et automatiquement, au même moment, les allocations familiales sont au courant. 

"Ce  système fonctionne grâce à une plateforme d’échange de données que l’on appelle X-Road. X-Road permet à plus de 1 100 organisations privées et publiques d’échanger des informations en toute sécurité sur un système géré par le gouvernement. On n’a jamais atteint un tel niveau de transparence et de sécurité".

Tobias Koch, responsable de la communication pour le E-Estonia briefing Center
Tobias Koch, responsable de la communication pour le E-Estonia briefing Center © Radio France / Thibault Lefèvre
La carte d'identité numérique estonienne
La carte d'identité numérique estonienne © Radio France / Thibault Lefèvre

Un système transparent, parce que tous les échanges sont tracés et archivés et un système sécurisé car les données sont stockées sur des serveurs très protégés.  Et pourtant, X-Road, comme toute infrastructure numérique, a des failles.  Il y a quatre ans, Maert Poder, développeur et activiste, pirate l’application qui permet de voter en ligne et vote pour un candidat qui n’existait pas. L’expression d’un bulletin nul donc, que le système électronique n'avait pas pris en compte. Maert Poder défend depuis une dizaine d’années, les droits et les libertés des citoyens sur Internet : "Personne ne porte vraiment attention au respect de la vie privée. La plupart des gens pensent que la détention et le stockage de données personnelles ne pose pas de problème. Si vous êtes par exemple perdus en forêt, les secours peuvent vous retrouver". 

"Mais récemment, des nationalistes d’extrême droite sont entrés au gouvernement et la question de la surveillance devrait interroger la population. Si l’un d’entre eux exprime par exemple son hostilité à l’égard de certaines minorités, et qu’il a accès à toutes les données qu’il veut, nous pourrions vite nous rendre compte que c’était une erreur de penser qu’il ne fallait pas avoir peur de Big Brother."

Maert Poder, développeur et activiste estonien. Il défend les droits et les libertés des citoyens sur Internet
Maert Poder, développeur et activiste estonien. Il défend les droits et les libertés des citoyens sur Internet © Radio France / Thibault Lefèvre

Des dérives possibles donc, pour un modèle d’infrastructure technique qui s’exporte très bien. Depuis plus d’une quinzaine d’années, l’Estonie a apporté son expertise numérique  à une centaine de pays.

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