Dans l'usine de parfums ICR, 204 embauches en CDI en 2015
Dans l'usine de parfums ICR, 204 embauches en CDI en 2015 © Radio France / Mathilde Imberty

En pleine mobilisation en France sur la loi El Khomri, alors que le projet de loi est présenté en conseil des ministres jeudi 24 mars, focus ce matin sur son pendant Italien, le "Jobs Act". Une réforme menée par Matteo Renzi.

À première vue le Jobs Act est une réussite

Depuis la mise en place de la réforme en mars 2015 ce sont 764.000 contrats à durée indéterminée qui ont été signés. Un véritable boom. C’est deux fois plus de CDI signés que l’année précédente.

Une illustration en banlieue de Milan. Dans l’entreprise ICR qui fabrique des parfums pour les enseignes de luxe. Avec le Jobs Act elle a doublé son personnel.

Le directeur général Giorgio Fantino__

Nous avons embauché en CDI 204 personnes qui travaillaient pour nous depuis 10 ans mais en intérim.

Les aides de l’Etat sont des incitations fiscales. L’entreprise qui a embauché en 2015 verse 24.000 euros de cotisations sociales en moins pendant 3 ans. Ce bonus fiscal demeure en 2016 mais il est moins élevé. Et a priori il cessera en 2017. Deuxième avantage pour l’entreprise, avec ce nouveau CDI elle peut licencier à tout moment et pour tout motif, sauf s’il s’agit d’une discrimination L’article 18 du Code du travail italien est supprimé, il garantissait un emploi à vie ou presque en bloquant les licenciements. Les patrons optaient du coup pour les contrats précaires explique l’économiste Marco Leonardi. Il est le conseiller de Matteo Renzi sur le Jobs Act__

Avant cette loi les patrons embauchaient surtout avec des contrats précaires. On a réussi à changer leur état d’esprit. Non seulement en offrant des ristournes fiscales, mais aussi en changeant les règles. Je suis patron. J’ai besoin de te licencier, je peux le faire à condition de t’indemniser. C’est un mois d’indemnité par année d’ancienneté. Si le salarié fait un recours en justice, le juge ne pourra pas lui accorder plus de deux mois d’indemnité par année d’ancienneté. Et dans tous les cas il ne pourra pas te réintégrer dans l’entreprise.

Dans l'usine de parfums ICR, 204 embauches en CDI en 2015
Dans l'usine de parfums ICR, 204 embauches en CDI en 2015 © Radio France / Mathilde Imberty

Plus de flexibilité pour le salarié, mais pas seulement

La réforme rallonge la durée des allocations chômage. Elles peuvent être versées pendant deux ans contre 18 mois maxi avant le Jobs Act. La réforme prévoit aussi d’améliorer la formation tout au long de la vie et le placement des chômeurs. Mais ce volet-là, c’est vrai, avance lentement.

Ensuite, si l’on revient à notre usine de parfums de Milan, ces ouvrières qui passent de l’intérim au CDI, désormais cotisent pour la retraite par exemple. C’est un avantage mais elles sont conscientes que ce contrat reste instable .

Il y a du bon et du moins bon avec cette réforme. Moi j’ai peur qu’on me licencie de mon CDI quand les trois ans seront passés, que l’entreprise n’aura plus d’avantages. Avec le Jobs Act c’est devenu tellement facile… La grande question c’est effectivement que feront les entreprises quand le CDI sera redevenu coûteux. Quand les incitations fiscales auront disparu.

Chez Pasta Zini, on a embauché 9 personnes
Chez Pasta Zini, on a embauché 9 personnes © Radio France / Mathilde Imberty

Matteo Renzi gouverne pour le Parti Démocrate, un parti de gauche. Comment a-t-il réussi à faire passer cette réforme ?

D’abord parce qu’il gouverne avec une majorité transversale qui va jusqu’au centre droit. Ensuite que sa principale opposition, à savoir le Mouvement 5 Etoiles, n’a pas fait barrage au Jobs Act et enfin parce que les syndicats sont affaiblis en Italie.

Ensuite le pays sort de trois ans d’une récession très dure. Chez les Italiens il y a de la résignation. C’est le cas de Valentina par exemple. Elle a 28 ans. Embauchée grâce au Jobs Act dans une usine de Pâtes. La société Zini qui a créé avec la réforme 9 postes en CDI.

Valentina

ce nouveau contrat nous donne au moins un vrai travail. Ce n’est pas comme les stages où tu travailles 8h par jour pour rien.

Les effets du Jobs Act sur l’économie italienne ne sont pas encore visibles

Pour l’instant pas vraiment. Le taux de chômage reste à plus de 11%. 40% chez les moins de 25 ans. Des CDI ont effectivement été signés. Mais plus de la moitié des contrats correspondent à des conversions d’emplois précaires. Dans les prochains mois il faudra évaluer plusieurs points : est - ce que le cadeau fiscal fait aux entreprises pour qu’elles embauchent ne pèsent pas trop sur les comptes de l’Italie. Est-ce les embauches en CDI se poursuivent après 2017. Et enfin le nerf de la guerre il faudra voir si la reprise très timide en Italie se confirme…

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