Benyamin Netanyahou restera-t-il Premier ministre d'Israël ? Les Israéliens votent mardi pour la quatrième fois en deux ans. Jugé pour corruption, il cumule plus de quinze années au pouvoir - un record en Israël - et est surnommé "le magicien". Et comme toujours en campagne, il fait feu de tout bois.

Une permanence du parti Likoud de Netanyahou à Jérusalem
Une permanence du parti Likoud de Netanyahou à Jérusalem © Radio France / Frédéric Métézeau

En décembre dernier les Israéliens découvrent la chanson caritative de Hanouka pour les personnes âgées dépendantes. La superstar Eden Ben Zaken chante la bienveillance et l'amour, rejointe par un invité inattendu... Benyamin Netanyahou ! En plein milieu de la crise budgétaire qui allait provoquer ces élections, le Premier ministre israélien repousse encore les limites de sa communication.

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Une fois la campagne lancée, il a multiplié les visites dans les localités arabes - 20% de la population d'Israël - et on le retrouve le 7 mars dernier assis en tailleur sous une grande tente bédouine où il offre du café à ses hôtes en tenue traditionnelle. Au bord des routes, certaines de ses affiches de campagne mentionnent le slogan "avec Abou Yair". Le candidat s'en est expliqué sur Fox News : "Beaucoup de citoyens arabes votent pour moi. Mon fils aîné s'appelle Yair donc quand je vais dans les villages arabes, ils m'appellent affectueusement Abou Yair qui signifie le père de Yair". Ils disent Abou Yair on t'aime !"

Abou Yair ou Bibi ?

Netanyahou réalise peut-être là son numéro le plus osé et le plus démagogique : après des attaques haineuses contre la communauté arabe d'Israël, il s'est mis à promettre des millions pour développer les villes arabes. Premier effet garanti, le "magicien" a fait exploser la liste arabe unie en deux listes distinctes qui auront moins d'élus que les quinze députés arabes actuels. De plus, le parti islamo-conservateur de Mansour Abbas n'exclut pas de le soutenir ! Mais "Abou Yair" réussira-t-il son deuxième effet qui consisterait à faire voter les Arabes pour lui ? Ce sera difficile estime le célèbre blogueur arabe Afif Abu Much, l'une des figures de cette communauté dans les médias israéliens qui pousse un grand éclat de rire : "Abou Yair ? Benjamin Netanyahou se surnomme lui-même comme ça depuis deux mois pour nous dire : 'je suis des vôtres !' Abou Yair... C'est drôle parce que Netanyahou fait comme s'il était un candidat nouveau mais en même temps, il est responsable de la loi État-Nation qui définit tout citoyen arabe comme un citoyen de seconde classe en Israël."

Affiche électorale dans la ville arabe de Baqa El Gharbiya : "La loyauté envers les partis sionistes est moralement inacceptable"
Affiche électorale dans la ville arabe de Baqa El Gharbiya : "La loyauté envers les partis sionistes est moralement inacceptable" © Radio France / Frédéric Métézeau

En revanche, il n'est plus question d'Abou Yair quand il fait alliance avec l'extrême-droite juive raciste dite "kahaniste". Il redevient Bibi, "le roi d'Israël", comme le surnomment ses supporters, pour réaliser l'autre tour de cette campagne. Aucun autre leader de droite avant lui - Begin, Shamir, Sharon - n'avait osé cette alliance qui scandalise l'ancien ministre Likoud Dan Meridor : "C'est grave du point de vue moral et politique. Ce racisme est illégitime. C'est une honte que Netanyahou veuille faire une coalition avec eux."

"On a vu où cela pouvait mener en Europe."

A Jérusalem, une affiche du candidat Itamar Ben Gvir, ouvertement raciste, qui se proclame comme le candidat "le plus à droite"
A Jérusalem, une affiche du candidat Itamar Ben Gvir, ouvertement raciste, qui se proclame comme le candidat "le plus à droite" © Radio France / Frédéric Métézeau

Au fil des ans, Netanyahou a aussi fait alliance avec les Juifs ultra-orthodoxes, la droite religieuse, la droite laïque et aussi le Centre et des travaillistes. Selon ses besoins, il a conservé ou bien rejeté les alliés et les ralliés. Le tacticien Netanyahou est aussi un pro de la communication qui maîtrise l'ensemble des canaux, constate Marc-Israël Sellem, chef-photographe au Jerusalem Post qui couvre l'essentiel de ses déplacements en Israël depuis 10 ans : "Il est sur Facebook, Tik-Tok, Snapchat, alors que c'est essentiellement pour les enfants. Il est partout ! Il ne donne plus beaucoup d'interviews car il veut dire exactement ce qu'il a envie de dire sur les réseaux sociaux. Et quand il a été interviewé sur la chaîne 12 qui est la plus grande d'Israël, il a prononcé cette phrase géniale : 'Je répondrai aux questions que tu ne m'as pas posées4." 

À l'issue de cette campagne, le clou du spectacle serait une majorité absolue de 61 sièges pour Netanyahou qui lui permettrait de faire voter une loi d'amnistie sur mesure, en vue d'échapper à son procès pour corruption.

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