En janvier 2006, pour la première fois en France, les plaintes de 7 victimes normandes ont déclenché l'ouverture d'une instruction pénale sur le dossier de l'amiante. Il y a un mois, un médecin du travail a été mis en examen pour « blessure et homicide involontaire ». Il a travaillé 30 ans dans les usines Ferrodo Valéo, à Condé-sur-Noireau près de Caen, Condé-sur-Noireau aujourd'hui devenu le symbole des ravages de l'amiante. Ce n'est pas un hasard si en France, le seul monument dédié aux victimes de l'amiante se dresse a l'entrée de cette ville. Car, c'est dans la vallée de la Veyre, surnommée la vallée de la mort que l'entreprise Ferrodo Valeo s'est installée au début du 20e siècle. Au plus fort de l'activité, dans les années 70, près de 3000 personnes ont donc tissé l'amiante pour l'industrie automobile. Dans ces usines, Maurice Leroux y a laissé sa santé et une partie de ses poumons. Il y a passé plus de la moitié de sa vie, 29 ans à filer, respirer l'amiante sans aucune protection (interview). C'est donc comme ça que, l'amiante interdit en France en 1996 s'est immiscée dans chaque foyer. Et aujourd'hui, Condé sur Noireau continue a mourir de ce poison. 8 morts juste pour la semaine dernière. C'est plus d'un mort par jour. Des chiffres qui font froid dans le dos mais qui font pourtant partie du quotidien de Patrice Lelarge. A 53 ans, cet ex Ferrodo vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête (interview). Mésothélium pour cancer des poumons ou cancer de la plèvre. Patrice Lelarge a des plaques pleurales et pour faire admettre sa maladie, ça a été un véritable parcours du combattant. Ces 10 dernières années, il a consulté 17 spécialistes avant d'être reconnu atteint à 20 %. Même chose pour Pierre Frenet, qui ne cache pas sa colère vis-à-vis des médecins du travail (interview). Alors justement dans le cadre d'une procédure pénale, la première du genre, 6 anciens dirigeants et un médecin du travail de Ferrodo ont été mis en examen pour homicides et blessures involontaires. Une victoire pour les victimes, qui fait du bien au moral car avant d'en arriver là, avant d'en arriver à une procédure pénale, ces victimes auront dû patienter 10 ans. Les premières plaintes ont été déposées en 1997. Maintenant, les amiantés ne veulent pas non plus que ce médecin du travail endosse toutes les responsabilités. Pour eux, les inspecteurs du travail, les caisses maladies et l'Etat ont aussi joué un rôle. Aujourd'hui, c'est donc une bataille de gagnée mais pas la guerre. Et la guerre, ils la mènent aussi sur un autre front, celui des procédures civiles. Depuis 2000, en Basse Normandie, 1500 dossiers ont été déposés et gagnés. Les tribunaux ont reconnu la faute inexcusable de l'employeur, les victimes dédommagées. Mais depuis 2 ans, le montant de ces indemnisations a baissé d'environ 15 % dans la région. Malade a 100 %, Yvette Chauvel a dû subir plusieurs opérations. Aujourd'hui, sa vie dépend des bouteilles d'oxygènes auxquelles elle est branchée 24h/24h. Et ces indemnisations au rabais, pour elle, c'est un affront de plus (interview). En Basse-Normandie, 35 000 personnes sont susceptibles d'avoir été exposées à l'amiante. Et en France, les experts estiment qu'il pourrait y avoir d'ici 2030 entre 50 000 et 100 000 victimes. Un reportage d'Elodie Touchais, en direct de France Bleu Basse-Normandie à Caen.

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