Les Tunisiens connaissent déjà le résultat de ces élections. L’actuel président Ben Ali, au pouvoir depuis 22 ans, sera réélu pour la 5ème fois. Seul inconnu : son score. Pas vraiment d’enjeu électoral donc, même si la campagne se déroule dans une certaine fébrilité. A quoi ressemble cette campagne ? Il y a du mauve partout dans les rues. Le mauve c’est la couleur officielle, la couleur du parti au pouvoir. Il y a des portraits du président candidat partout, des affiches de 5 mètres de haut à chaque carrefour, des fanions dans la moindre échoppe. Dans les rues, on voit passer des processions. Des étudiants, des scouts, des mères de famille, des poètes mêmes, venus en bus, mauves aussi, de toute la Tunisie. Ils viennent proclamer, en musique, leur soutien inconditionnel au président (interview). Le parti au pouvoir se réclame de plus de 2 millions d’adhérents, c'est-à-dire que 20% de la population est encartée. Malgré tout, le principal parti politique, c’est le parti du silence. De l’indifférence même. J’ai rencontré Olfa, cette jeune étudiante de 24 ans n’a connu que Ben Ali. Et elle n’attend rien de ces élections (interview). Cette jeune Tunisienne a-t-elle pris un risque en parlant ? Nous devions nous revoir un peu plus tard et elle n’a plus jamais répondu au téléphone. Il faut dire qu’ici, chaque journaliste occidental est suivi par une ou plusieurs personnes. Une journaliste du « Monde » a par ailleurs été refoulée à l’aéroport, à cause de ses articles jugés systématiquement hostiles. La configuration de ces élections est particulière. Il y a 4 candidats : l’actuel président et puis 3 autres candidats. Ce qui fait dire au ministre chargé de la fonction publique que la Tunisie progresse sur la voie du multipartisme (interview). En réalité, l’opposition est quasiment inexistante. Sur les 3 candidats dits « d’opposition », 2 d’entre eux ont d’ores et déjà appelé plus ou moins directement à soutenir le président Ben Ali. Il n’y a donc qu’un seul véritable candidat d’opposition. Il s’appelle Ahmed Brahim. C’est un universitaire de 63 ans, issu de la gauche tunisienne. Mais depuis le début de sa campagne, il n’a vécu que des tracasseries (interview). Il y a aussi une véritable inquiétude chez les opposants au régime. La question qui se pose ici, plus que la réélection de Ben Ali, c’est l’après Ben Ali, sa succession. En théorie, d’après la constitution, c’est le dernier mandat de Ben Ali. Frappé par la limite d’âge. Mais personne ne sait ce qui se passera après. Sanaa Ben Achour est militante des droits de l’homme et surtout des femmes. Elle est très anxieuse (interview). ____Un reportage de Sébastien Laugénie, à Tunis.

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