Aujourd'hui nous sommes à Trinidad, dans le sud du Colorado. Une ville ouvrière conservatrice, que les crises successives avaient transformée en ville fantôme. Jusqu’à ce que le Colorado vote, il y a six ans, la légalisation du cannabis récréatif. Depuis, grâce à cette nouvelle industrie, Trinidad reprend vie.

Le cannabis a déjà rapporté plus de 3 millions de dollars de taxes à Trinidad, Colorado, une ville qui avant la weed, était en train de devenir une ville fantôme
Le cannabis a déjà rapporté plus de 3 millions de dollars de taxes à Trinidad, Colorado, une ville qui avant la weed, était en train de devenir une ville fantôme © Radio France / Sébastien Sabiron

Un immense entrepôt bordant l’autoroute. Assez loin de l’image conviviale des coffee shops d’Amsterdam. Ici on passe commande sur le parking. Façon drive. Mais pour acheter du cannabis. 

- Salut, ça va ?              
- Salut !              
- Je voudrais un peu d’herbe...

"Bienvenue dans l’espace d’accueil, nous dit Brad. Nous sommes un centre de cannabis thérapeutique et récréatif. Ici à Trinidad." 

Brad, ou plutôt Bradley Bernet, est le directeur général adjoint de THCU, Trinidad’s higher calling you. "Nous avons tout ce qui se mange, bonbons et chocolat. nos pommades contre la douleur. Nos cartouches à vapoter. De l’herbe que vous pouvez fumer dans un joint ou autre. Tout est possible avec le cannabis, c’est une nouvelle ère." 

Bradley Bernet, directeur général adjoint de THCU, Trinidad’s Higher Calling You
Bradley Bernet, directeur général adjoint de THCU, Trinidad’s Higher Calling You © Radio France / Sébastien Sabiron

L’entreprise emploie 24 personnes dont des botanistes et prévoit de tripler sa surface de production, car les ventes elles-mêmes ont triplé ces derniers temps explique Bradley Bernet :"Avec le Covid, les gens sont stressés, les gens sont déprimés. Certains ont perdu leur emploi, d'autres ont perdu des proches. La marijuana est un moyen simple et sûr de s’évader, accessible pendant le Covid 19."

Outre THCU, première à ouvrir dès la légalisation en 2014. Trinidad compte désormais 25 boutiques de cannabis pour 9.000 habitants. Ce qui en fait la "capitale mondiale des magasins d’herbe !" comme l'explique fièrement Rusty Goodall, biker, consommateur de cannabis et conseiller municipal à Trinidad. Cette nouvelle industrie a créé 500 emplois directs et un appel d’air pour les hôtels, les restaurants, qui accueillent des consommateurs venus des États voisins comme le Texas où le cannabis récréatif est prohibé. 

David est serveur dans un restaurant du centre-ville : "Avant la marijuana, la ville était une ville fantôme... Plein de gens partaient, on n’avait pas de touristes. Donc je voulais aller à l’université pour quitter Trinidad, tellement c’était mort." 

"Quand l’industrie de la weed s’est installée, j’ai décidé de rester ici car j’ai senti que des tas de choses positives allaient se passer à Trinidad". 

Audra Garret et Phil Rico, devant le Fox Theatre, un ancien cinéma qui a fermé en 2014, mais qui devrait être rénové grâce à l'argent du cannabusiness
Audra Garret et Phil Rico, devant le Fox Theatre, un ancien cinéma qui a fermé en 2014, mais qui devrait être rénové grâce à l'argent du cannabusiness © Radio France / Sébastien Sabiron

Cette année le cannabis a déjà rapporté plus de 3 millions de dollars de taxes à la ville, sur un budget total de 47 millions. Une manne bienvenue pour rafraîchir un peu ces rues jadis fréquentées par des légendes de l’ouest comme Billy The Kid ou Wyatt Earp. 

Audra Garett, Greffière de la ville, nous fait la visite : "On est devant le Fox Theatre. C’est un ancien cinéma qui a fermé en 2014. Avec l’argent du cannabis, la ville espère rénover l’immeuble. Qui deviendra sans-doute un théâtre dans le futur". Les revenus du cannabis financent aussi les écoles, la police et ont permis de débloquer une enveloppe de 500.000 dollars pour aider citoyens et commerçants frappés par le Covid. Mais le maire démocrate Phil Rico redoute une trop forte dépendance au cannabusiness : "On essaie de diversifier notre économie. On ne peut pas dépendre seulement du cannabis parce-que l'on sait que certains de ces magasins décideront un jour de fermer. Et puis peut être que d’autres États voisins décideront aussi de se lancer dans le cannabis".

Car dans le sillage du Colorado, Washington DC et huit États américains ont légalisé l’usage récréatif du cannabis depuis 2014. S’il est élu, Joe Biden promet de dépénaliser au niveau fédéral. Quant à Donald Trump, il  est toujours resté très vague. Ce qui inquiète les professionnels comme Bradley Bernet, du magasin THCU : "Le président Trump n’a pas du tout défendu les intérêts de la Marijuana. Mais il ne les a pas combattus. Donc s’il est réélu. On ne sait pas. Ça pourrait être un problème. Ce qu’il dit à un moment peut changer deux heures plus tard. Surtout quand il n’y a plus d’élection à venir".

Le 3 novembre, en marge de l’élection présidentielle, les électeurs de six États se prononceront sur la légalisation du cannabis thérapeutique ou récréatif.

Cannabis en fleur dans les serres de THCU
Cannabis en fleur dans les serres de THCU © Radio France / Sébastien Sabiron
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