Fiction et faits réels font-ils bon ménage ? En tous cas, les affaires judiciaires et criminelles portées à l'écran passionnent les Français, poussant les chaînes de télévision françaises à multiplier les projets de docus-fiction, docus-dramas et autres fictions du réel. Sont ainsi en préparation des fictions inspirées de l'affaire Villemin, de l'assassinat de René Bousquet, ou encore du drame de l'Ordre du Temple solaire. Une tendance qui secoue la traditionnelle frilosité de la télévision française quand il s'agit d'aborder des sujets de l'actualité récente. C'est quelque chose que les anglo-saxons ont toujours su faire mieux que nous. Ainsi le suicide de David Kelly, l'expert qui accusait le gouvernement britannique de mensonge sur les armes de destructions massives en Irak, a fait immédiatement l'objet d'un téléfilm sur Channel 4. Tandis qu'en France, il a fallu attendre 43 ans pour voir la première fiction consacrée au massacre des Algériens de Paris le 17 octobre 61, "Nuit noire" d'Alain Tasma. Les choses bougent donc, non sans difficulté, car transformer en fiction des faits de l'actualité récente, c'est prendre le risque d'attiser des braises mal éteintes. En témoignent les réactions très vives et les menaces de procès suscitées par le tournage pour France 3 et Arte d'une fiction inspirée de l'affaire Villemin. Au delà de la polémique, il est intéressant de dire, justement, ce qu'en la matière la télévision a le droit de faire ou de ne pas faire. La frilosité de la télé française serait elle dûe à un droit français trop contraignant ? Peut-on porter à l'écran un fait divers sans l'accord de ses protagonistes ? Les soucis judiciaires que peuvent causer l'adaptation de faits réels ne découragent pas les chaînes de télévision, c'est au contraire une vraie tendance. Sur TF1, après Francis Heaulme et Landru, un Mesrine est en préparation. Sur France 3, on verra prochainement un docu-drama, qui mélange témoignages et fiction, sur l'Ordre du temple solaire. Pour Arte, outre le film sur l'affaire Villemin, sont en préparation des fictions sur René Bousquet, et sur le choc du 21 avril 2002. Chaque chaîne a sa façon de faire. Ainsi, sur Arte, c'est le fait de société qui intéresse derrière le fait divers, y compris dans le cas de l'affaire Villemin. La télévision française est donc cette fois bien décidée à rattraper son retard. C'est comme si on assistait à un changement de perspective. Comme si on comprenait enfin en France que la fiction à la télévision peut être AUSSI un formidable outil de compréhension de notre société. En conclusion, on peut tout traiter à la télévision, sans tabou... si c'est avec intelligence et honnêteté. Un dossier de Corinne Audouin, spécialiste médias à France Inter.

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