Le parlement français votera, aujourd’hui, le maintien ou non de nos forces armées en Afghanistan. Sur place, les soldats attendent un discours clair de la part des politiques, un soutien aussi ont-ils dit, et surtout qu’on leur donne les moyens d’accomplir leur mission. Depuis l’embuscade du 18 août dernier, qui a coûté la vie à 10 soldats, il y a eu ce qu’on appelle un retour d’expérience dans le jargon militaire, autrement dit, on a tiré les enseignements de ce qui s’était passé. Aujourd’hui, les soldats français n’ont plus la même approche du terrain. Le capitaine Geoffroy du 3ième RPIMA est arrivé en Afghanistan au début du mois de septembre pour une mission de 6 mois (interview). Des moyens de reconnaissance comme les drones, des avions sans pilote, permettent d’obtenir des renseignements très utiles sur les positions des Talibans. Ils avaient fait défaut lors de l’embuscade. C’est d’ailleurs l’une des mesures qui a été préconisée par le président de la commission de défense de l’assemblée nationale quand il est venu ici en Afghanistan au début du mois. Il y a beaucoup d’ambiguité sur la mission précise des soldats français. Ils ne sont pas là pour faire la guerre, nous repètent-ils, mais pour éviter que l’Afghanistan ne redevienne un terrain d’entrainement pour les réseaux terroristes. Leur mission est de mener des patrouilles quotidiennes aux côtés de l’armée nationale afghane qui n’est pas encore en nombre suffisant pour assurer seule la sécurité du pays. Ils sont amenés à ouvrir le feu sur des insurgés - c’est le nom qui est utilisé. On ne parle pas d’ennemi, ni d’ailleurs de bataille mais d’accrochages. C’est aussi d’aller au contact de la population lors des patrouilles, comme l’explique le Colonel Jacques Aragones. Il dirige le bataillon du 8ième RPIMA arrivé cet été dans la Vallée de la Kapissa, à 50km de Kaboul (interview). Pas de forfanterie dit le colonel Aragones ; « On avance pas à pas » affirment les militaires. Lentement, trop lentement, selon plusieurs gradés américains qui ont reconnu récemment que la coalition avait du mal à faire face à la situation, sans pour autant parler d’échec, que l’insurrection prenait de l’ampleur malgré la présence de 70 000 soldats étrangers sur le terrain. Une analyse que partage le colonel Perrin, chef de corps du 3ième RPIMA que nous avons rencontré sur le camp de Warehouse où sont basées les forces françaises à Kaboul (interview). La mission des forces de la coalition s’inscrit dans la durée. Difficile de dire jusqu’à quand elles resteront en Afghanistan. Seul le Canada a pour l’instant fixé une date butoire : il ne prolongera pas la mission de ses 2500 soldats au-delà de 2011. La France, elle, ne veut pas donner de délai, même si l’opposition socialiste réclame un échéancier sur un retrait progressif des troupes, cela a peu de chance d’aboutir. « Ca n’a pas de sens », a dit le ministre de la Défense, Hervé Morin. En revanche, la coalition fait de l’entrainement des forces afghanes sa priorité aujourd’hui, car c’est ce qui va déterminer à terme le retrait des forces étrangères. L’armée nationale afghane compte actuellement environ 70 000 hommes. Ses effectifs devraient doubler d’ici 4 ans pour atteindre 134 000 soldats. Mais personne ne sait exactement quand ils seront en mesure de prendre le relais et d’assurer seuls la sécuriré de leur pays. Un reportage de Valérie Crovat, en direct de Kaboul en Afghanistan.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.