Le 14 septembre dernier, dans son discours sur l’innovation et la 5G, Emmanuel Macron expliquait "ne pas croire au modèle amish". Mais comment vit cette communauté d’origine protestante implantée essentiellement sur la côte Est des États-Unis ?

Pas d'électrité, d'automobiles, de tracteurs... Les Amish ne rejettent pas le progrès ; ils s'en tiennent à distance.
Pas d'électrité, d'automobiles, de tracteurs... Les Amish ne rejettent pas le progrès ; ils s'en tiennent à distance. © Radio France / Grégory Philipps - Charlotte Mattout

Le 14 septembre dernier, pour expliquer que la France allait prendre le virage de la 5G, le Président français avait ironisé sur le mode de vie des amish et ce qu’il avait appelé  "le retour de la lampe à huile". À ceux – une partie des écologistes – qui refusent le "tournant de la 5G", il a lancé : "Le modèle amish ne peut pas régler les défis de l’écologie contemporaine".

Mais comment vit cette communauté de 330.000 personnes ? Sur la côte Est des Etats-Unis, ces Amish mènent une vie simple, sans voitures ni électricité... Mais parfois avec des téléphones portables. France Inter est allé au contact de cette communauté religieuse chrétienne, fondée en 1693 à Sainte-Marie-aux-Mines par Jakob Amman. Sur les routes du comté de Lancaster, en Pennsylvanie, Gregory Philipps pu voir des Américains qui ne refusent pas la modernité mais s’en méfient.

À l'école, dans le comté de Lancaster, on se chauffe au poële à bois.
À l'école, dans le comté de Lancaster, on se chauffe au poële à bois. © Radio France / Grégory Philipps - Charlotte Mattout

Se tenir "au maximum à l'écart du monde extérieur"

Ce samedi matin, dans cette prairie située dans le comté de Lancaster (à environ 70 kilomètres à l’ouest de Philadelphie), c’est jour de foire agricole. Debout sur des meules de foin ou des charrues,  les commissaires-priseurs chantent quasiment la mise à prix des objets, et des plantes, vendues ce jour-là aux enchères. Autour d’eux, des centaines de membres de la communauté amish. Les hommes sont en pantalon noir à bretelles, et chapeaux de paille. Les femmes en robes longues avec coiffes blanche en forme de cœur sur tête. Tout est le monde est venu jusqu’ici à pied, en carriole à cheval ou en trottinette. Mais pas en vélo ni en voiture. 

Ben, jeune père de 4 enfants, explique : "Nous essayons au maximum de nous tenir à l’écart du monde extérieur. C’est pour cette raison que nous circulons en carriole à cheval. Ainsi, nous ne nous éloignons jamais beaucoup des autres membres de la communauté. Impossible de dire, je vais voir un match à 10 miles de là !  Sinon, se déplacer nous prend beaucoup trop de temps".  

Au milieu de ces carrioles qui doivent être proposées aux enchères, un jeune couple tient absolument à expliquer son mode de vie : "La société autour de nous évolue, et nous aussi un peu", admet Chris. "Mais nous voulons avant tout continuer à mener une vie simple. Travailler dans les champs. Avec nos animaux. Et rester concentré sur l’essentiel : Dieu". Son épouse Mary Anne ajoute : "Notre souhait, c’est de nous protéger, nous et nos enfants. Et si chez moi, nous n’avons ni téléphone, ni télévision, ni même électricité, c’est parce que je veux communiquer avec mes proches. Ne pas être polluée par des écrans, ou par toute autre source venue de l’extérieur. À la maison, pas de lumière électrique le soir. Une simple lampe à gaz".

Un mode de vie "assez remarquable"

Pourtant dans la foule réunie ce samedi matin, on remarque que quelques-uns possèdent des téléphones portables, à la main ou dans les poches de leurs vestes noires. Don est une guide touristique qui, depuis dix maintenant, fait découvrir le mode de vie de ses voisins amish : "Ils utilisent leur téléphone surtout pour les affaires et les appels d’urgence. Mais souvent, ils le gardent à l’extérieur de la maison. Parfois dans une cabine au fond du jardin. Comme ça vous, si vous êtes dérangés par un appel, vous devez marcher et cela prend du temps. Cela leur évite beaucoup d’appels téléphoniques inutiles". 

Ils ont aussi des ordinateurs, mais pas connectés à Internet. Il y a, à leurs yeux, trop de choses mauvaises sur le net. 

"Donc ils ne communiquent que par emails, pour leurs affaires ou la bonne marche de la ferme familiale. Je pense personnellement que leur mode de vie est assez remarquable. Même si j’aurai du mal à vivre comme eux. Et à abandonner tout ce qui fait notre quotidien".

"Mais comment nous voit votre président ?"

Puis on prend du temps pour expliquer à ces amish rencontrés ce jour-là que la semaine passée, leur communauté s’est trouvée sans le savoir plongée, à des milliers de kilomètres de là, au cœur d’une polémique en France sur l’innovation industrielle et la 5G. Mais sans télévision, personne ne connait le nom d’Emmanuel Macron. Un trentenaire à la barbe fournie dit qu’il connait la 4G, mais ne fait pas de différence avec les technologies de cinquième génération. Marianne et Chris s’amusent presque de la nouvelle : "Mais comment nous voit-il exactement, votre Président ?" demande le jeune marié. "Parfois, on nous identifie comme des réfractaires aux nouvelles technologies. Et c’est en partie vrai". Mais son épouse le corrige : "Attention toutefois à ne pas nous résumer à cela !" 

Aujourd’hui, environ 330.000 amish vivent en Pennsylvanie, dans l’Ohio et dans l’Indiana. Ils sont peu nombreux à voter mais quand ils le font, c’est plutôt pour le camp conservateur. Et pour Trump, en novembre : "Le moins diabolique des deux peut-être" souffle un autre père de famille amish. En attendant, dans ce comté de Lancaster, les Amish perpétuent ce mode de vie hérité de leurs ancêtres, venus d’Alsace, de Suisse ou d’Allemagne au XVIIIème siècle. Entre eux, le plus souvent, ils ne parlent pas anglais, mais le Pennsylvania Dutch. Et paraissent très indifférents aux débats du monde moderne, sur la 5G ou la prochaine présidentielle américaine.

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  • Grégory PhilippsGrand reporter, envoyé spécial permanent de Radio France à Washington
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