L'innovation n'est pas réservée à quelques secteurs en vue. Pour l'agriculture, par exemple, les nouvelles technologies sont devenues indispensables.

Le robot Dino est fabriqué par une marque française baptisée Naïo pour biner, c'est-à-dire de désherber les cultures
Le robot Dino est fabriqué par une marque française baptisée Naïo pour biner, c'est-à-dire de désherber les cultures © Radio France / Manuel Ruffez

L'agriculture est une profession en plein bouleversement, obligée de s'adapter aux grands enjeux économiques et environnementaux. Comment rester rentable, tout en préservant la nature et en répondant aux aspirations de la société ? Les nouvelles technologies peuvent permettre de relever tous ces défis.

Manuel Ruffez s'est rendu dans une exploitation hors normes, en Picardie, dans la Somme. Une vraie ferme, pas un laboratoire déconnecté des réalités économiques, une ferme avec un exploitant, qui a donc une nécessité de rentabilité. Il y cultive des céréales, mais aussi betteraves, pommes de terre et légumes. Et il a accepté, en partenariat avec la chambre d'agriculture de la Somme, de se livrer à toutes une série d'expérimentations.

Le robot travaille avec une précision de deux à trois centimètres

Le robot Dino du fabriquant français Naïo est un engin de 800 kilos sur quatre roues motrices, assez haut pour passer au-dessus des cultures et qui va s'occuper tout seul, avec une autonomie de cinq à six heures et à une vitesse de quatre à cinq kilomètres à l'heure, de biner, c'est-à-dire de désherber les cultures, ici il travaille sur des rangs de betteraves.

Laurent Marchand, conseiller à la chambre d'agriculture de la Somme, fait la démonstration : "Je vais le positionner sur le point A pour qu'il sache se situer et ensuite il sera autonome. C’est une télécommande qui permet de diriger le robot, régler la profondeur des outils et lancer le robot."

Avec Dino, on s'épargne un travail à la main ou à la bineuse derrière le tracteur et on réduit l'utilisation d'herbicide chimique explique Laurent Marchand : "L'avantage c’est l'autonomie. Pendant que le robot bine, l'agriculteur peut faire autre chose. Il y a un gain de temps et un confort de travail. Le robot est guidé par un signal GPS RTK avec une précision de deux à trois centimètres. On définit d'abord un point A et un point B et le robot peut se diriger à travers la parcelle et biner tout seul". Dino est encore un prototype, son coût est estimé à 70 ou 80 000 euros.

Des innovations qui permettent aussi la réduction des produits chimiques dans les sols

Si on doit utiliser des herbicides chimiques, autant mettre la bonne dose au bon endroit. Au lieu de passer à pleine dose sur l'ensemble de la parcelle, puis repasser pour traiter un autre type de mauvaise herbe, l'idéal serait de cartographier la parcelle : quelle mauvaise herbe à quel endroit. Et pour ça Jérôme Capelle, ingénieur conseil, travaille au développement de la télédétection, pour identifier l'empreinte spectrale des végétaux : "C’est l'équivalent d'une empreinte digitale chez nous. Chaque végétal a une façon de faire rebondir la lumière sur ses feuilles très spécifique et selon son stade et selon le végétal, on est capable de connaître son empreinte spectrale et grâce à cela, on peut les retrouver dans les champs. Donc il faut des capteurs spécifiques qui vont chercher des longueurs d'ondes de la lumière solaire, du visible et de l'invisible. On travaille sur la détection du chardon, de la datura qui est toxique dans les haricots ou du rhumex qui a tendance à étoffer les autres végétaux car il dégage une toxine dans le sol". Pour l'instant on en est vraiment qu'au tout début. Les ingénieurs espèrent une application concrète d'ici trois ans.

Une fois qu'on a localisé, il faut traiter.

Et c'est là qu'intervient une jeune start up française encore, Diimotion, qui a mis au point un pulvérisateur agricole et viticole de précision, pour pulvériser moins de produit, mais le bon, et au bon endroit. C'est Xavier Cassassolles, le PdG qui nous décrit ce pulvérisateur à plusieurs cuves : "La grande cuve du pulvérisateur contient de l'eau claire. Les produits phytosanitaires sont contenus dans des cuves séparées. Au lieu de faire 3 000 litres de produit d'avance, le mélange est fait à la demande. On va faire des mini-bouillies adaptées au lieu, en fonction de la végétation, de la vitesse d'avancement et du pulvérisateur. Il y a énormément de capteur de valves dans ce pulvérisateur, c'est compliqué à comprendre mais facile à conduire".

Toutes ces innovations, cette agriculture de précision, ces outils d'aide à la décision, on commence petit à petit à les voir dans nos champs.

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