Aujourd'hui, les ports français sont de nouveau touchés par une grève ; alors que Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, présente ce matin, en conseil des ministres, son projet de loi, baptisé « plan de relance des ports ». Qui est concerné par cette réforme ? Evitons tout de suite une confusion : pas les dockers, dont le statut a été modifié dans la douleur en 1992 mais qui ne s’en plaignent pas depuis. Les personnels concernés sont les 2000 agents portuaires grutiers et portiqueurs que Dominique Busserau souhaite faire passer du public au privé, tout comme l’outillage, en garantissant continuité de traitement, d’acquis et retour vers le port autonome en cas de licenciement économique. Et pourquoi cette réforme ? Est-elle indispensable ? Un chiffre : quand deux marchandises arrivent en France par bateau, une seule est passée par un port de l’hexagone. Les 7 ports concernés de Dunkerque à Marseille sont très loin derrière les géants Rotterdam, Anvers, Barcelone ; alors que le trafic maritime mondial explose. De très gros investisseurs privés comme l’armateur CMA-CGM à Marseille-fos se lancent dans de lourds investissements, mais ils veulent la maîtrise du personnel, le fameux commandement unique de la manutention. Ce que comprend tout à fait Stéphane Brousse, le leader du Medef à Marseille (interview). Pourquoi la CGT des ports et docks se dit aujourd’hui « entrée en résistance » ? Difficile de répondre. La CGT reconnaît que le commandement unique n’est pas une absurdité mais ne veut pas entendre parler de désengagement de l’Etat, cela ressemble à un baroud d’honneur de la part d’une profession où l’on est travailleur portuaire de père en fils sur des générations. La méthode Bussereau est très critiquée, pourquoi continuer de négocier jusqu’à l’automne, dit la CGT, alors que le ministre légifère dès le printemps ? Pascal Galéoté, qui dirige le syndicat à Marseille, regrette notamment que ne soit pas reprise l’expérience du Havre, où une partie seulement du personnel est passée au privé (interview). Problème au Havre, les professionnels de la filière estiment que ce système n’est pas satisfaisant, ils soutiennent à fond la réforme, Christian Leroux, de l’Union Maritime et Portuaire du Havre, l’a dit à Yves-René Tapon, de France Bleu Haute-Normandie (interview). Le dossier pourrait devenir brûlant pour le gouvernement. Si le conflit se durcit, c’est toute l’économie qui serait paralysée. On sent chez les protagonistes, de l’embarras. Ecoutez ce que disait Michel Quimbert, il y a un mois, sur l’antenne de France Bleu Loire Océan. Il est interrogé par Frédérique Dorel. Michel Quimbert dirige le port de Nantes-Saint Nazaire, il est aussi président de l’Union des Ports de France (interview). Un mois après, le projet de loi est ficelé, prêt à passer devant le parlement. Les négociations au plan national ne sont pas terminées encore moins port par port. « C’est pas la méthode Bussereau » dit la CGT, « c’est la méthode Sarkozy. » Un reportage de Thierry Fiorile, en direct de Marseille.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.