Il reste, en France, près de deux mille sirènes d'alarme actionnées sur décision des préfets en cas d’urgence. Parce que malgré les progrès techniques, les alertes sur les smartphones, ce son reste l'un des plus efficace. Il nous ramène à la peur ancestrale du loup.

Jérôme Demay, dans son atelier, remet en service des sirènes qui ont parfois plus de 80 ans
Jérôme Demay, dans son atelier, remet en service des sirènes qui ont parfois plus de 80 ans © Radio France / Antoine Giniaux

Posée par terre, une sirène ressemble globalement à une très grosse cocotte-minute. Un cylindre en méta gris d’une centaine de kilos, que Jerome Demay est allé démonter, en haut d’un ancien bâtiment des PTT promis à la démolition. 

C'est son grand-père qui, le premier, a commencé à installer des sirènes en France au siècle dernier. "Vous avez un bloc moteur en fonte avec, au-dessus, du triphasé et au-dessous une turbine avec des ailettes. Et c'est la rotation qui va créer un son. Ces moteurs-là ont 70-80 ans et sont toujours opérationnels, sauf si on ne les fait pas tourner". Et c’est la raison pour laquelle on les teste, le premier mercredi de chaque mois. 

Les réparations, elles, se font obligatoirement en atelier, tournevis a la main, bouchons d’oreille et casque anti-bruit sur la tête. "Le plus gros modelé, installé à l'Élysée par exemple, fait 30 chevaux. Ça s’entend à plus de dix kilomètres décrit Jerome Demay. Une sirène anti-intrusion c'est 90 décibels. Là on est à 102, et ce n'est pas un bruit fait pas un haut-parleur, c'est le vent qui rentre dans la turbine qui projette ce son-là. C'est 5 fois plus efficace qu’un haut-parleur. L'avantage de ce système c'est que tout le monde peut l'entendre. Il n'est pas très onéreux, et ouvert à tout le monde. Il y a des communes qui l'utilisent pour accidents sur autoroute, d'autres pour les inondations, et récemment pour un camion de produits toxiques renversé sur les voies".

Un son fort, qui se répète inspiré par le hurlement des loups

Mais ce n’est pas seulement le niveau sonore qui est en jeu. Pour détecter un danger, notre oreille interne a besoin d’un bruit répété plusieurs fois. "Le fait de cadencer le signal sonore entraîne une réaction, confie Jerome Demay. Pour tous les signaux, on crée donc un cadencement, un son haché."

Plus étonnant encore : ces sirènes, dont les notes restent voisines, et dont les fréquences sont très proches, génèrent aussi des harmoniques. Elles reproduisent un signal sonore que le cerveau humain connait depuis la nuit des temps : le hurlement des loups. 

L’étude publiée au mois de septembre par une équipe de l’Université des sciences de la vie de Prague, en République Tchèque, est catégorique. Avec des loups alpha, les chefs de meute, qui émettent des fréquences basses, et d’autres animaux qui reprennent le signal sonore avec des fréquences plus élevées, le bruit émis par une meute de loups est à 89,6 % identique à celui d’une sirène.

Un son que notre subconscient comprend comme un signe de danger

La spécialiste en France, s’appelle Morgane Papin. Pour son doctorat en bioacoustique à l’université de lorraine, elle a reproduit le son, de manière synthétique, sur ordinateur. "C’est un son qui va être continu, qui peut durer d'une demi-seconde à plus de dix secondes, composé d'une fréquence fondamentale, qui peut aller de 150 à 1 000 Hertz, accompagné des harmoniques. Ce sont des fréquences plutôt basses. On peut les entendre à plus de 10 km dans un milieu ouvert. Et en fait, c'est ce qu'on retrouve avec nos sirènes, je pense que c'est la raison pour laquelle on est arrivé à des signaux d’urgence de ce type-là".

Des signaux que nous aurions, au fil de l’évolution, aurait appris à associer, de manière inconsciente, a un danger, c'est ce que disent les chercheurs. Une équipe Israélienne l’a d’ailleurs démontré dans une autre étude. En Israël, lorsque les sirènes d’alarmes anti-aériennes se déclenchent, le rythme cardiaque des fœtus, dans le ventre de leur mère, s’accélère. 

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