Jean-Marc Rouillan, Nathalie Menigon, Georges Cipriani, et Régis Schleicher. Voilà les derniers membres d'Action Directe, toujours en prison. Dans 2 jours, ce samedi, les 3 chefs historiques de l'ancien groupe terroriste d'extrême gauche, Rouillan, Ménigon, Cipriani, vont entamer leur 20ème année de détention alors que leur période de sureté est terminée depuis un an. C'est cette question, celle de leur possible libération conditionnelle, que pose aujourd'hui une pétition signée par près de 2000 personnes, dont 300 personnalités. Où en est-on aujourd'hui de la situation juridique de chacun ? Les 4 militants d'Action Directe sont tous potentiellement libérables. Rouillan, Menigon, Cipriani ont été condamnés à la perpétuité assortie d'une période de sureté de 18 ans. Or cette période a pris fin le 25 février dernier. Tous ont alors demandé leur libération conditionnelle. Demande à chaque fois refusée par les tribunaux d'application des peines pour 2 raisons principales, l'absence de repentir et le manque de sérieux du projet de réinsertion. Une situation que condamne Henri Leclerc. Le célèbre avocat, président d'honneur de la Ligue des Droits de l'Homme, a signé la pétition appelant à la libération des militants d'Action Directe (interview). En réalité Henri Leclerc demande le même traitement pour les membres d'Action Directe que pour tous les autres assassins, condamnés à de longues peines. Précisons d'ailleurs que leur dossier de réinsertion est plutôt solide. Une association d'espaces verts est prête à accueillir Nathalie Menigon. Emmaüs Lyon s'est engagé pour Georges Cipriani et un éditeur accepte d'embaucher Jean-Marc Rouillan comme correcteur. Les membres d'Action Directe posent en fait un problème supplémentaire. Ils ont attaqué l'Etat. Ils ont assassiné le PDG de Renault Georges Besse et l'ingénieur général René Audran. Certains soupçonnent donc l'Etat de vouloir prendre sa revanche. C'est l'avis d'Henri Malberg, responsable de la commission justice du Parti Communiste, qui tient par ailleurs en préambule à condamner clairement les agissements d'Action Directe (interview). N'oublions pas toutefois les familles des victimes, les familles Besse et Audran. Aucune des 2 familles ne s'oppose en tant que tel à la libération des militants d'Action Directe. Elles s'en remettent disent-elles à la décision de l'Etat. Toutefois, elles ne comprendraient pas qu'on libère des gens qui continuent de revendiquer leurs actes. A ce propos, Me Henri Juramy, avocat de la famille Audran (interview). C'est vrai que tous continuent d'assumer leurs actes. Aucun n'a émis de regret. Seul Régis Schleicher, a expliqué dans un entretien à « Libération » que « l'hypothèse que défendait Action Directe avait failli. » Une question demeure toutefois : le repentir doit-il être la condition sine qua non de leur libération ? La réponse de l'avocat de Nathalie Menigon, Jean-Louis Chalanset. Reste un élément dans ce dossier et non des moindres, l'état physique des militants d'Action Directe. Ils ont en effet passé entre 6 et 7 ans à l'isolement, totalement coupés des autres détenus. Cipriani en est presque devenu fou. Il a passé un an et demi en hôpital psychiatrique. Nathalie Menigon a été victime de 3 accidents vasculaires cérébraux. Et surtout Joelle Aubron souffre aujourd'hui d'un très grave cancer. Elle seule a été libérée jusqu'ici, pour raison médicale. Selon ses proches, l'état de Joelle Aubron est aujourd'hui désespéré. Un dossier de Sébastien Laugénie, spécialiste des questions police-justice à France Inter.

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