Nicolas est agriculteur à Jublains près de Mayenne
Nicolas est agriculteur à Jublains près de Mayenne © Radio France/Mathilde Dehimi

La crise modifie en profondeur le modèle de l'agriculture à la française. Reportage en Mayenne où l'agriculture pèse un milliard d'euros de chiffres d'affaires. Mais derrière les chiffres, il y a ceux qui souffrent et ils sont de plus en plus nombreux : 1.300 exploitations placées en liquidation judiciaire l'an dernier et un tiers des structures ont un faible chiffre d'affaires.

Pour Marc, les ennuis ont commencé il y a dix ans : crise du lait, des céréales, maladie qui décime le troupeau et c'est le redressement judiciaire. Ses dettes sont étalées sur 15 ans.

Marc

Avant j'avais une situation financière très saine. Je n'aurais jamais pensé tomber dans cet engrenage

Marc est tombé très bas, comptes bloqués et Restos du cœur pendant quelques mois. La famille fait face mais leur fille de sept ans est harcelée à l'école.

Marc, Rosalie sa femme et leur fille racontent :

Ils me disaient que j'avais la maladie du pipi

Les choses vont mieux aujourd'hui mais le couple est amer. Personne n'a voulu les aider dans cette période difficile. Personne à l'exception de Solidarité Paysans. L'association tente de redresser les exploitations ou d'accompagner ceux qui veulent arrêter. En Mayenne, elle a aussi créé un groupe de paroles pour les femmes.

Une bouffée d'air pour Rosalie, l'épouse de Marc qui travaille aussi sur l'exploitation.

Ca fait du bien de parler, de savoir qu'on n'est pas la seule à connaître certains problèmes

Certains agriculteurs craquent

Une conjoncture difficile et des éleveurs qui se sentent dépassés, isolés. l'institut de veille sanitaire estime qu'un agriculteur se suicide tous les deux jours. Un chiffre choc qui n'a pas étonné Solidarité Paysans. Patrick Bougeard, vice-président de l'association proche de la Confédération paysanne, cite une autre étude : un quart des agriculteurs serait en burn-out et le reste de la profession ne va pas vraiment mieux.

Patrick Bougeard :

60% des paysans s'anesthésient pas le travail compulsif

Gérard est justement à la rupture, pour s'en sortir il est chauffeur routier la semaine. Sa femme s'occupe des vaches laitières. Une situation non viable selon les banques.

Gérard s'effondre :

Les banques ne veulent plus nous aider et elles favorisent les grosses exploitations

Toujours plus grand

Cette tendance à la concentration autour de grosses exploitations devrait encore s'accentuer ces prochaines années, notamment avec les nouvelles règles de la Politique agricole commune, qui changent le mois prochain. C'est la fin des quotas, la gestion est confiée aux laiteries. Une libéralisation du marché, disent ses opposants,qui risque d'éliminer les structures les plus fragiles.

De quoi rendre le marché encore plus fou estime Nicolas éleveur près de Mayenne. Il parle en milliers d'euros

Nicolas est un repenti des grosses structures. 16 heures de travail 7 jours sur 7. Trop de pressions, de charges. Il allait dans le mur dit-il. Nicolas est finalement revenu à une exploitation moyenne à contre-courant du modèle existant.

Nicolas

On gagne moins qu'avant mais on y a gagné coté vie de famille

Le modèle dominant encourage à s'agrandir pour survivre aux cours du marché. Nicolas voit aussi d'un mauvais œil l'arrivée de fermes géantes. la fin d'un modèle familial à la Française dit-il.

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