Ces derniers mois, plusieurs enquêtes pour viols impliquant les deux leaders français du X ont été ouvertes. Mais face à la consommation de masse du porno - 8 hommes sur 10 en visionnent régulièrement en France - des tournages "responsables" sont-ils désormais envisageables ?

La notion du consentement sur les tournages, au cœur du difficile MeToo du X
La notion du consentement sur les tournages, au cœur du difficile MeToo du X © Getty / JLGutierrez

Elles sont une dizaine d'actrices françaises à avoir osé porter plainte et à mettre en cause le fonctionnement de l’industrie du X. Les deux géants du porno "made in France", Dorcel et Jacquie et Michel, sont actuellement visés, directement ou indirectement, par des procédures judiciaires pour viols, mais aussi proxénétisme, traite d'êtres humains et fraude fiscale. Deux producteurs parmi les plus influents, Pascal OP et Mat Hadix, sont en prison.

Viols, agressions sexuelles, pressions sur des actrices débutantes

La star du porno Nikita Bellucci se félicite de ces incarcérations. "Il y aura toujours des personnes qui profiteront de la situation parce que c'est un milieu qui n'est absolument pas cadré", explique-t-elle. 

Un tout petit milieu en fait, avec quelques figures incontournables et des tournages sur lesquels des producteurs de 40 ou 50 ans peuvent faire pression sur des actrices débutantes, parfois tout juste majeures. Ces mécanismes sont dénoncés par les trois associations à l'origine de l'ouverture des enquêtes : Osez le féminisme, Le Nid, et Les Effronté.e.s dont Claire Charlès est la présidente :

"Le porno est actuellement l'angle mort des violentes faites aux femmes en France. Ce ne sont pas des dérives, c'est vraiment un système."

Alors, comment s'assurer que le consentement des actrices soit désormais scrupuleusement respecté sur les tournages ? Jacquie et Michel a communiqué sur une charte de bonne conduite. Et du côté de Dorcel, on planche actuellement sur un code de déontologie, rédigé par un avocat, un sociologue et l'actrice Liza Del Sierra, qui a déjà mené des entretiens avec une cinquantaine de professionnels du X : "Evidemment le consentement est au cœur du projet, mais il y a aussi les conditions de travail, le contractuel, la santé, donc c'est bien plus vaste que simplement le consentement", détaille-t-elle.

Label ou coup de com ?

Les auteurs de ce code de déontologie du porno imaginent même la création d'un label, qui permettrait de repérer des productions plus respectueuses du droit du travail. Elisabeth Moreno, la ministre à l'Egalité femmes-hommes, s'est emparé du sujet, elle voit la mise en place de ces chartes éthiques comme "un premier pas", mais elle nous indique qu'elle veut que producteurs et diffuseurs aillent plus loin, en signalant désormais à la justice toute scène qui contiendrait des actes non consentis.

On est en effet encore bien loin d'une révolution selon Robin d'Angelo, auteur d’une enquête après une immersion d’un an dans le milieu :

"Pour moi, ces chartes sont juste un coup de com', assez opportuniste pour ne pas dire cynique."

Ceux qui se réjouissent que la vague MeToo déferle enfin sur l'industrie du X, suivent aussi de près les répercussions du récent scandale PornHub. Après les révélations du New York Times, le site porno le plus consulté au monde a été contraint de retirer plusieurs millions de vidéos susceptibles de contenir des viols.

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"Suite au Zoom diffusé sur France Inter et à l’article intitulé "Le difficile MeToo du porno français" publié le 23 février 2021, DORCEL tient à préciser qu’il n'a jamais été mis en cause, que ce soit directement ou indirectement, dans le cadre des procédures judiciaires impliquant deux producteurs de films X pour viols, proxénétisme et traite d’êtres humains contrairement à ce qui a été dit dans l’article. Bien au contraire, en réaction à ces faits graves dénoncés, DORCEL a initié et finance la rédaction d’une charte pour l’ensemble de la production du X afin de protéger les professionnels de cette industrie et principalement les actrices."

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