Au lendemain de la mort de l’Abbé Pierre, c’est toute la communauté d’Emmaüs qui est en deuil. Benoît Collombat est allé à Charenton-le-Pont, dans le Val de Marne, à la rencontre des compagnons d’Emmaüs. C’est une phrase qui vous accueille, inscrite sur la roulotte jaune aux volets violets, installée à l’entrée de la communauté : « Servir premiers les plus souffrants ». Ici, c’est à la fois un lieu de travail et un lieu de vie pour les compagnons d’Emmaüs - qu’ils soient chauffeurs, magasiniers ou cuisiniers. Dans son bureau, Jean-Louis, responsable des lieux, a affiché un dessin de l’abbé Pierre en randonneur qui se retrousse les manches, avec ce commentaire : « Au boulot ! ». Un peu plus loin, la couverture du numéro 255 de « Paris Match » - au moment de l’appel de l’hiver 54, où l’on voit le visage de l’abbé Pierre penché sur celui d’une gamine qui suce son pouce. La mort du fondateur d’Emmaüs, Jean-Louis la vit quasiment comme un deuil personnel (interview). « Sortir les gens de la misère et de la rue », comme Antony, 35 ans, hier SDF, aujourd’hui compagnon d’Emmaüs. Dans ses bras : un ordinateur et des enceintes hi-fi qu’il vient tout juste de récupérer, pour les entreposer derrière cette porte (interview). L’exemple d’Antony, est loin d’être isolé. Ils sont effectivement nombreux à avoir connu la rue. Comme ce couple, Ouaïba et Ali, responsables du magasin de vêtements Emmaüs. Ils ont le sentiment d’avoir retrouvé une dignité (interview). Autre parcours : celui de Dominique, 54 ans, qui récupère des meubles pour Emmaüs après avoir vécu pendant un an dans les bois, dans une caravane. A ses côtés, celui que l’on surnomme ici le « vieux grognard » d’Emmaüs. Patrick, moustache en bataille, un papillon tatoué sur le cou, à la fois cuisinier, chauffeur et homme à tout faire. Un peu exaspéré par le soufflé médiatique et la récupération politique autour des « Enfants de Don Quichotte », car depuis 4 ans, une opération similaire se déroule à quelques mètres d’ici, dans le silence le plus total (interview). Une indignation que l’on retrouve chez le responsable de la communauté, Jean-Louis. Sous ses yeux défile une France beaucoup plus riche que celle de l’hiver 54 - avec, pourtant, une pauvreté encore plus criante (interview). Un dossier de Benoît Collombat.

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