Pendant deux mois, Amssatou a été enfermée dans une école au Nord-est du Nigeria, avec 25 jeunes filles, par les djihadistes. Un cas parmi des dizaines de milliers.

Amssatou a été otage de Boko Haram pendant deux mois
Amssatou a été otage de Boko Haram pendant deux mois © Radio France / Thibault Lefevre

Amssatou a 15 ans. Elle est l'une des 150 000 mineures réfugiées dans la région de Diffa au Niger. Il y a deux ans, elle a été enlevée au Nord-est du Nigeria, à Baga, lors de l'attaque la plus meurtrière de Boko Haram, avant d'être séquestrée par les djihadistes.

Nous avions toutes entre 14 et 16 ans. On nous donnait très peu de nourriture, pas assez d'eau. Ils nous empêchaient de parler, ils nous frappaient, nous avons beaucoup souffert. Nous étions obligées de rester dans l'école. Le peu de fois où j'ai pu sortir, j'ai vu des cadavres qui jonchaient les rues.

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Boko Haram garde les femmes prisonnières pour les marier de force. "C'est pour cette raison qu'ils ne m'ont pas tuée. L'homme qui m'a été imposé portait un turban et un treillis militaire. Il était armé d'une kalachnikov". La cérémonie était prévue, mais Amssatou a été libérée avant, avec 16 autres prisonnières. Les autres ont été mariées de force et emmenées ailleurs.

Ce qu'Amssatou cache aussi difficilement, c'est qu'elle a été régulièrement violée pendant sa détention. Son calvaire s'est arrêté au bout de 70 jours avec l'intervention de l'armée nigériane.

Plus de 75 000 enfants auraient besoin d'un suivi psychologique

Dans le camp, personne n'est au courant qu'elle a été otage de Boko Haram. "Si quelqu'un l'apprend, je ne pourrais jamais me marier. Il [son futur mari] me soupçonnerait d'avoir été violée, d'être tombée enceinte. Aucun homme ne voudra de moi". Même ici, elle a encore très peur que Boko Haram attaque. "J'en fais des cauchemars. Je vois des hommes armés qui reviennent pour m'égorger."

Selon l'UNICEF, plus de 75 000 enfants comme Amssatou ont besoin d'un suivi psychologique. Des cauchemars, des accès de panique, l'isolement, l'agressivité, tous ces symptômes de traumatismes violents sont décelés notamment à travers le jeu et le sport.

"Le jeu permet à l'enfant de se construire et de se reconstruire, après avoir été témoin de ces atrocités" (Adama Konsimbo, psychologue pour l'ONG italienne Coopi)

Adama Konsimbo est responsable du suivi d'environ 20 000 mineurs sur la région. Il raconte le cas d'un jeune garçon d'une douzaine d'années avec un certain mutisme. "Il ne dessinait que des personnes décapitées. Mais quand on a travaillé avec cet enfant de façon spécifique, il est arrivé à dessiner une salle de classe, un jouet... La fréquence de ses cauchemars a commencé à diminuer. Il a commencé à dire "je vais aller à l'école". Il redevenait conscient qu'il y a une vie après." Selon lui, il a fallu six mois à ce jeune garçon pour que les premiers symptômes disparaissent...

Autre conséquence de la guerre avec Boko Haram : les services hospitaliers de la région sont dépassés et ce sont là encore les enfants qui sont en première ligne, notamment les plus petits. À Diffa, la malnutrition concerne un enfant déplacé sur 6. Une crise sanitaire permanente aggravée par la guerre.

"On n'a jamais eu autant d'enfants que cette année. On est à plus de 200 % d'augmentation depuis le début de la crise, avec plus de 75 % de réfugiés. Nous sommes en surcharge." (Aïssa Kal Mamadou, responsable du service pédiatrie du Centre de renforcement nutritionnel intensif)

Une crise qui dépasse la région : l'UNICEF a traité l'année dernière 14 000 enfants de Diffa en situation de malnutrition sévère. Ils sont 30 fois plus nombreux au Niger.

La situation à Diffa

Les enfants constituent environ 55% des personnes déplacées. Ils continuent d’être exposés aux risques d’abus, de négligence, d’exploitation, d’arrestations et de détention, de recrutement par les groupes armés, de stigmatisation. Parmi eux, 76 027 ont besoin d’un soutien psychosocial, 785 enfants séparés et non accompagnés ont besoin d’être réunifiés à leurs familles biologiques tandis que 150 enfants soupçonnés d’association aux groupes armés auront besoin de prise en charge transitoire et de soutien à la réintégration dans leurs communautés. La crise liée au mouvement de population a aussi affecté le mécanisme de protection des femmes et des filles en particulier, ainsi que des hommes et garçons exposés aux risques de viol, d’agression sexuelle et d’autres types de violences basées sur le genre.

Les conséquences des violences sur le fonctionnement des services sociaux de base tels que l’éducation sont importantes : 151 écoles primaires ont dû fermer depuis le 5 février 2015, laissant plus de 12 000 enfants brutalement privés d’éducation. A la faveur des déplacements préventifs, les élèves de 75 écoles (sur les 151) ont retrouvé le chemin des classes soit dans des écoles d’accueil soit dans les sites spontanés des déplacés internes. Cependant 77 écoles demeurent toujours fermées avec un effectif de plus de 3 000 élèves.

Les actions de l'UNICEF à DIffa

Au cours de l’année scolaire 2014-2015: 3 207 enfants retournés et refugiés du Nigeria ont pu continuer leur scolarité dans 10 écoles d’accueil de quatre départements de Diffa (Bosso, Diffa, Maine Soroa et N’Guigmi). La stratégie employée a consisté au renforcement des capacités des écoles existantes (accueillant les enfants retournés et refugiés nigérians) par la construction de 12 classes en dur dans 10 écoles, l’équipement des classes en tables-bancs, bureaux et chaises des maitres, la distribution de matériels didactiques et pédagogiques, ainsi que l’encadrement pédagogique et la formation des enseignants en appui psychosocial, violences basées sur le genre en milieu scolaire, et la promotion de la culture de la paix.

Durant l’année scolaire 2015-2016, la réponse de l’UNICEF dans la région de Diffa a bénéficié à 9 837 enfants (dont 4 623 filles). Ces résultats ont été rendus possibles par la mise en place et l’équipement de 51 classes d’urgence ayant complété les classes en dur construites l’année scolaire précédente, la distribution de manuels et kits scolaires, guides du maitre, ainsi que l’encadrement pédagogique et la formation des enseignants sur les thématiques transversales citées plus haut.

L’UNICEF a activement supporté la scolarisation en 2016-2017 de 14 000 élèves au travers de trois ONG (COOPI, Concern et Plan) et d’un soutien direct à la DRPE. 195 TLS ont été mis en place, et des équipements et des formations ont été prodigués.

Pour l’année scolaire 2016-2017, l’UNICEF a appuyé également la réalisation de la cartographie de 110 sites d’urgence, ainsi que de la campagne retour à l’école.

Par ailleurs, la réponse de l’UNICEF cible aussi cette année environ 3 000 enfants de 9-14 qui vont être inscrits dans des centres d’éducation alternative avec comme partenaires de mise en eouvre le Ministère de l’enseignement primaire et des ONG. D’ores et déjà, les animateurs de ces centres ont bénéficié d’un mois de formation.

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