Conséquence du réchauffement climatique, les glaces de l’Arctique fondent à vue d’œil et ce phénomène ouvre une nouvelle route maritime. Demain, ou dans quelques années, les paquebots et autres pétroliers pourront, été comme hiver, emprunter ce qu’on appelle le Passage du Nord. C'est le premier épisode de notre série.

En Arctique le réchauffement climatique est deux fois plus rapide que sur le reste du globe et affecte la faune et la flore de manière irréversible
En Arctique le réchauffement climatique est deux fois plus rapide que sur le reste du globe et affecte la faune et la flore de manière irréversible © AFP / DPA / Hinrich Baesemann

"S'il y a plus de circulation, s'il y plus de bateaux, s'il y a plus de touristes, on aura forcément des impacts : l'habitat qui est réservé aux animaux et à la faune sauvage va se réduire. Il ne faudrait pas que demain on se retrouve avec des hôtels 5 étoiles partout et flux de touristes incroyables."

explique Pierre Michel, conseiller scientifique à l’ambassade de France à Washington. 

Et demain donc, il n'y aura peut-être plus besoin de brise-glace pour traverser ce passage du nord-ouest. Cette nouvelle route maritime permettra aux bateaux du monde entier de relier l’Europe à l’Asie beaucoup plus rapidement. 

Tous les scientifique le disent : en Arctique le réchauffement climatique est deux fois plus rapide que sur le reste du globe, et dans ce territoire grand comme 38 fois la France, la surface de glace océanique a - en un quart de siècle - diminué d’environ 40 %.

Eric Rignot est professeur en Sciences de la Terre à l’université de Californie : "La fonte des glaces est très rapide depuis les années 80. On parle d'une dizaine ou d'une vingtaine d'années avant que les glaces ne disparaissent à la fin de l'été. C'est un bouleversement total des régions arctiques. Tous les écosystèmes marins et terrestres sont affectés de manière dramatique parce que ces changements s'opèrent sur quelques décennies"

L’un des conséquences de cette fonte des glaces, c’est que ce passage de nord-ouest, qui relie le Groenland et l’Alaska est pour les navires de plus en plus praticable et le sera peut-être demain 12 mois par an.  Il y a deux ans, on a même vu un premier paquebot américain proposer à 650 touristes une croisière inédite dans la zone.

Pour les bateaux de marchandise qui veulent relier l'Europe à l'Asie, cette route offrira demain un trajet plus court que le passage par le canal du Panama, plus courte d’environ 6 000 kilomètres.

Pierre Michel, conseiller scientifique à l’ambassade de France à Washington. L’ouverture de cette nouvelle voie maritime aura évidemment des conséquences : "La biodiversité des animaux, la faune et la flore, notamment la faune, va être impactée. L'habitat qui est réservée aux animaux et à la faune sauvage va se réduire. Il y aura des perturbations sur les écosystèmes. Il y aura des risques de pollution aussi. Si on parle là de tourisme et beaucoup de projets aussi pétrolier alors pour l'instant ils sont en sommeil, mais rien ne permet de penser qu'elles ne reviendront pas à la charge si le pétrole augmente. Il faut savoir que dans cette zone là en cas de marée noire il n'y a absolument pas les infrastructures pour la dépollution et pour protéger les populations et les écosystèmes. Ce n'est pas le tout de faire passer les bateaux, mais qu'est-ce qui se passe en cas de catastrophe ?"

Ce bouleversement, on s’y prépare dans la petite commune de Churchill, canada, province du Manitoba. Le bourg installé sur la baie d’Hudson pourrait demain devenir une plaque tournante du trafic maritime mondial. Des investisseurs américains viennent d’ailleurs de racheter le port et la ligne de chemin de fer qui monte jusqu’à Churchill. Le maire Michael Spence : "Pour nous c'est une opportunité, qu'on n'avait même pas imaginée. Donc oui on va se développer mais en protégeant notre région - ici on a des baleines, des ours polaires. Notre environnement est très fragile. Donc oui on a un défi à relever avec le port et la ligne de chemin de fer. Aujourd'hui notre population c'est à peu près 800 personnes. Mais ces nouvelles infrastructures sont prévues pour environ 2 500 habitants."

L’ouverture de ce passage du nord-ouest aura aussi des conséquences géopolitiques et diplomatiques car pour l’instant l’Arctique, contrairement à l’Antarctique, n’est protégé par aucun traité international. Pierre Michel : "Ça crée aussi des contentieux puisqu'aujourd'hui le Canada revendique la souveraineté sur toutes les îles au nord du Canada, mais cette revendication du Canada et remise en cause par les Américains qui veulent que justement ça devienne une route commerciale ouverte à tous. Donc tout ça n'est pas du tout réglé à ce jour. Ce qui se passe en Arctique a des influence sur le monde entier, donc je ne pense pas qu'on va en arriver à une zone de non-droit où tout et n'importe quoi se passera." 

Le Japon, l’Union Européenne et même la Chine observent eux aussi les possibilités de navigation commerciale dans ce passage une fois qu’il sera libéré des glaces une partie de l’année.

Cette nouvelle route maritime qui, en fonction de l’avancée du réchauffement climatique, pourrait s’ouvrir peut être même un peu plus tôt que prévu.

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