Après vingt années d'un conflit sanglant, l'Éthiopie et l'Érythrée, deux pays voisins de la Corne de l'Afrique, ont signé une paix-surprise. Une "déclaration d'amitié" qui rouvre les frontières, permettant à des milliers de jeunes Érythréens d'aller chercher leur bonheur ailleurs.

A Zalembessa, on passe aussi la frontière pour constater... la paix.
A Zalembessa, on passe aussi la frontière pour constater... la paix. © Radio France / Valérie Crova

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Zalembessa, au nord de l’Éthiopie. Devant nous, un long chemin de terre cabossée s'étend sur une centaine de mètres. Passez un muret de pierre, et c'est l'Érythrée. Tandis que des hommes boivent le café sous une tente, un militaire éthiopien nous surveille du coin de l'œil ; les photos du poste-frontière ne sont pas autorisées.

Un monsieur bien habillé arrive dans un tuk-tuk bleu, le pousse-pousse éthiopien. Il nous dit qu'il vit à Addis Abeba :

"On vient vérifier la paix. C'est un symbole. Ma grand-mère vivait à Agordat, en Érythrée, mais on n'allait pas de l'autre côté. J'ai un passeport éthiopien, et on ne pouvait alors pas passer en Érythrée."

Une simple casemate pour marquer la ligne, hier infranchissable, entre l'Éthiopie et l'Érythrée.
Une simple casemate pour marquer la ligne, hier infranchissable, entre l'Éthiopie et l'Érythrée. © Radio France / Valérie Crova

Depuis que l'Éthiopie et l'Érythrée ont signé un accord de paix, la petite ville de Zalembessa, à 1 000 km au nord de la capitale éthiopienne, est en pleine renaissance. Les échanges ont repris entre les deux pays, ce qui fait le bonheur des commerçants. Le va-et-vient des voitures remplace désormais les patrouilles de soldats.

Nous demandons à un habitant de Zalembessa de nous accompagner au plus près du poste-frontière. Il nous raconte la vie d'avant : 

"Il y avait des soldats partout. Je ne sais pas combien il y en avait, mais il y en avait partout ici, en Éthiopie. D'après ce qu'on nous a dit, il y en avait aussi beaucoup en Érythrée, qui gardaient la frontière. On entendait des tirs très souvent jusqu'à ce que la paix soit annoncée. Avant, les gens et les animaux pouvaient être tués des deux côtés. Ça arrivait souvent."

Depuis la réconciliation surprise des deux pays, près de 30 000 Érythréens, en particulier des jeunes, ont franchi la frontière.  

En Érythrée, la conscription est obligatoire et à durée indéterminée, même pour les femmes. Ce qui n'incite pas les jeunes à rester.
En Érythrée, la conscription est obligatoire et à durée indéterminée, même pour les femmes. Ce qui n'incite pas les jeunes à rester. © Radio France / Valérie Crova

À une dizaine de kilomètres de Zalembessa, nous arrivons devant une maison où des réfugiés seraient hébergés. Nous y croisons deux jeunes Érythréennes, un sac sur le dos. Il faut les rassurer. Elles ont peur d'être interviewées :

"On a décidé de venir car on ne se sentait pas à l'aise là-bas [en Érythrée, NDLR], même s'il y a la paix. Vous n'avez pas le droit de voyager ni de travailler", raconte l'une. L'autre explique : 

"On n'a aucun droit. La conscription militaire est à durée indéterminée. Pour tous, les femmes aussi. On ne peut pas échapper au service militaire. Je suis diplômée, mais on n'a aucun droit. C'est pour ça qu'on a traversé la frontière."

Pour arriver jusqu'à Zalembessa, ces deux jeunes femmes, qui ont emporté avec elles toutes leurs économies, ont fui de nuit l'Érythrée pour ne pas être repérées. Leur but est de quitter un jour l'Éthiopie pour aller vivre à l'étranger, et pourquoi pas au Canada. 

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