Le 8 mai 2002, un bus de la Direction des Constructions Navales est visé par un attentat, à Karachi, au Pakistan. Il fait 14 morts, dont 11 Français. La piste d'Al Qaïda est immédiatement évoquée, mais aujourd'hui, elle laisse place à une affaire d'Etat, sur fond de règlement de comptes politiques. Et pour comprendre cette affaire, il faut revenir 7 ans en arrière. Le 13 mai 2002 a lieu l'hommage aux victimes de l'attentat, à Cherbourg, en présence du chef de l'Etat, Jacques Chirac, qui dit qu'il ne faut céder « ni à la menace, ni au chantage... » (extrait). Mais de quel chantage s'agit-il ? Les familles de victimes ont désormais la réponse : l'attentat aurait été téléguidé par les services secrets pakistanais, pour punir la France d'avoir coupé le robinet des commissions d'un contrat signé en 94, avec des rétrocommissions prévues pour la campagne présidentielle d' Edouard Balladur, dirigée par Nicolas Sarkozy, ministre du Budget. Trois sous-marins Agosta vendus par la France au Pakistan, avec 10% de commissions pour les intermédiaires, tous proches des réseaux balladuriens, des commissions sur un contrat de 840 millions d'euros. Perturber un tel contrat, c'était jouer avec le feu, estime l'ancien industriel de l'armement, Jean de Tonquedec (interview). C'est Jacques Chirac qui va parasiter ces commissions après son élection en 95, pour tarir la source des financements balladuriens. Mais il ne faut pas oublier le contrat Sawari II, la vente de frégates à l'Arabie Saoudite, pour près de 3 milliards d'euros, contrat là encore, remis en cause par les réseaux chiraquiens, avec les mêmes protagonistes que dans l'affaire pakistanaise. C'est un chiraquien, Michel Mazens, qui est nommé à la tête de la Sofresa, l'organisme public chargé des ventes d'armes. Vendredi, sur cette affaire de Karachi, Nicolas Sarkozy a parlé de « fable ». En réalité, le dossier est solide. « C'est une piste cruellement logique » a même affirmé aux parties civiles, le juge Marc Trévidic, s'appuyant notamment sur un mémo baptisé Nautilus, daté de septembre 2002. Mais il faudra attendre une perquisition au siège de la DCN (la Direction des Constructions Navales), 6 ans plus tard, pour que ce document soit joint à l'enquête. D'où, la colère de Gilles Sanson, l'un des blessés de Karachi (interview). Que savait l'Etat ? Juste après l'attentat, Jacques Chirac envoie sa ministre de la défense, Michelle Alliot-Marie, au Pakistan (interview). Pourtant, plusieurs éléments indiquent que le chantage était connu. Agression du responsable de la sécurité du personnel de la DCN, le 26 janvier 2002. Quelques jours plus tard : une bombe retrouvée sous une voiture diplomatique de l'ambassade de France - un avertissement, estiment les services anti-terroristes - sans compter les alertes de sources pakistanaises. Il est également question de « représailles » françaises. C'est l'« affaire dans l'affaire ». Une opération du service « Action » de la DGSE contre des officiels pakistanais, un militaire tué, opération menée quelques jours avant, ou après l'attentat. Ce point là n'est pas encore éclairci par l'enquête, mais dans tous les cas, cette action secrète pose problème, estime Olivier Morice, l'avocat de plusieurs familles de victimes (interview). Quant à Magali Drouet, la fille d'une des victimes de l'attentat, elle réclame à présent la levée du secret-défense (interview). Magali Drouet a envoyé un mail au chef d'Etat-major particulier de l'Elysée, l'amiral Edouard Guillaud, demandant des excuses à Nicolas Sarkozy et une audience à l'Elysée. L'amiral a répondu hier qu'il avait pris... bonne note de cette demande. Une enquête de Benoît Collombat.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.