La Russie est appelée à partir de ce mercredi à se prononcer pour ou contre de nouvelles réformes constitutionnelles. Entre autres changements, elles permettraient au président Russe, au pouvoir depuis 1999, de s'y maintenir jusqu'en... 2036. Face à ce que certains qualifient de putsch, l'opposition est désarmée.

En 21 ans, Vladimir Poutine a tiré toutes les ficelles constitutionnelles pour se maintenir au pouvoir en Russie. Sa solution pour durer ? Un changement de la loi fondamentale.
En 21 ans, Vladimir Poutine a tiré toutes les ficelles constitutionnelles pour se maintenir au pouvoir en Russie. Sa solution pour durer ? Un changement de la loi fondamentale. © AFP / Alexei Druzhinin / Sputnik

Après une parade militaire sans public ce mercredi 24 juin, sur fond de pandémie, les Russes pourront commencer à voter le 25 – d’abord à distance, par voie électronique - pour ou contre les amendements constitutionnels voulus par Vladimir Poutine. L’un d’entre eux annule les précédents mandats du président russe et peut lui permettre de rester au pouvoir jusqu’en 2036. Les résultats seront connus en principe le 1er juillet, jour principal du scrutin. Les opposants à la réforme peinent à se faire entendre.

Pour que la consultation populaire du 1er juillet soit crédible, il faut une participation à la hauteur. Et quoi de mieux que ce discours persuasif de Vladimir Poutine, le 12 juin dernier, date traditionnelle marquant la fête de la Russie ? Il a fallu aussi accélérer le déconfinement, histoire de donner le plus possible le sentiment d’un retour à la normale… malgré des chiffres officiels qui font encore état d’environ 8 000 nouveaux cas de personnes infectées par le Covid-19 chaque jour.

Vladimir Poutine au rayon des souvenirs ? Pas avant 2036, si la réforme constitutionnelle est adoptée.
Vladimir Poutine au rayon des souvenirs ? Pas avant 2036, si la réforme constitutionnelle est adoptée. © AFP

Personne ne doute du résultat, et d’une majorité de "oui" en faveur de Vladimir Poutine. Surtout pas Mikhail, 60 ans, ancien officier, qui ne rate jamais, d’habitude, la parade des blindés sur la Place Rouge :

"Il n’y a pas d’alternative à Poutine. Personne ne comprend comme lui notre grand pays. C’est une poigne de fer qui est bénéfique à toute la Russie".

"Nous saurons pour qui vous avez voté"

Pourtant, certaines modifications constitutionnelles qui imposent, par exemple, l’idée que le mariage, dans la société russe de demain, ne peut être que l’union d’un homme et d’une femme, sont aussi importantes que les possibles nouveaux mandats de Vladimir Poutine après 2024. C’est l’idée que défend notamment Piotr Tolstoï, vice-président de la Douma d’État, la chambre basse du parlement russe :

"Tout le monde parle de nouveaux mandats pour le président Poutine, mais l’objectif de la réforme constitutionnelle, c’est de rappeler au monde que la Russie est une civilisation à part, et qu’elle n’a de leçon à recevoir de personne. Les amendements constitutionnels qu’on qualifie de conservateurs en Occident garantissent pour les décennies à venir le développement du pays".

Dans le camp d’en face, les opposants hésitent entre le boycott pur et simple du scrutin et une véritable opposition exprimée dans les urnes, quitte à grossir la participation. C’est cette seconde option qu’a choisie Roman Ouneman, 26 ans, jeune leader d’un groupe d’activistes à Moscou. Il dénonce notamment les pratiques des administrations qui font pression – selon lui grâce au vote électronique – sur leurs employés pour qu’ils se prononcent en faveur de la réforme constitutionnelle :

"Même si les votes électroniques ne sont pas directement falsifiés, ils insistent en demandant d’abord aux gens d’aller voter juste comme ils veulent… Mais comme les gens en question – les médecins, les professeurs, les employés administratifs… – dépendent du pouvoir, ils leur font comprendre que c’est mieux de voter pour les amendements de la constitution… et ils ajoutent : 'Nous saurons comment vous avez voté…' "

Après la peur, la résignation

Le million de votants du parti d’opposition Iabloko aux derniers scrutins de 2019, fort tout de même de 400 élus locaux et régionaux, appelle au boycott. Et le président du parti, Nikolai Ribakov, n’hésite pas à comparer cette réforme constitutionnelle au coup de 1991 contre Gorbatchev

"Ça ressemble d’une certaine façon au putsch… Mais aujourd'hui, la situation est pire qu’à l’époque de l’URSS. À l'époque, il y avait au moins le parti communiste, qui prenait les décisions. Là, il n’y a qu’une seule personne, à laquelle tout le monde a peur de s’opposer". 

Davantage que la peur, c’est la résignation qui semble aussi gagner du terrain. Alievtina, jeune trentenaire moscovite, a cessé de croire aux vieilles recettes de la propagande gouvernementale :

"Avant, c’était très important pour moi d’aller voter. Aujourd’hui, je sais que ça ne changera rien, sauf pour donner à Vladimir Poutine la possibilité de rester au pouvoir encore pendant dix ou vingt ans".

D’après le centre d’études indépendant Levada, 30 % des Russes interrogés seraient prêts à manifester contre la réforme constitutionnelle. Mais si tout est fait, malgré la pandémie encore présente, pour faciliter au maximum la participation des électeurs, le moindre rassemblement, lui, reste toujours interdit.

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