De moins en moins de lycéens choisissent les filières littéraires. Et aujourd’hui, il n'y a pratiquement plus que des filles dans cette section. Dans trois semaines, 47 000 candidats passeront le bac L contre 54 000 en 2000. Le problème existait déjà en 1968, il s’est accéléré ces dernières années. En juillet 2006, un rapport de l’éducation nationale a tenté de remettre cette question à l’ordre du jour. Depuis, pendant la campagne électorale, le candidat Nicolas Sarkozy a expliqué que l'état ne financerait pas des études à l'université pour qui voudrait étudier la littérature ancienne, parce que ça ne débouche pas sur des emplois. C’était le 16 avril. Le 20 avril, la maison des écrivains, par la voix d'Anne-Marie Garat, a lancé un appel pour sauver les études littéraires. On a peu entendu les professeurs de lycées s'inquiéter publiquement de cette érosion quasi fatale des terminales L. Or ce sont les seules terminales où l'on fait de la littérature. Et ce sont les terminales où l'on fait le plus de philosophie. Les professeurs constatent que ces classes L sont en fait considérées dans les lycées comme des voies de garages. Donc, faut-il vraiment sauver une filière que l'éducation nationale a elle-même dévalorisée ? Peut-être que non. C'est la réponse de Viviane Youx, qui est à Poitiers, présidente de l'association française des enseignants de français (interview). Tous les professeurs ne partagent pas forcément cet avis. Certains vous diront qu'il serait tout de même utile de garder une filière spécialisée. Jusqu’ici, ça a fonctionné comme si tout le monde intégrait l’idée que les études de lettres, de philosophie, même d’histoire et de philosophie des sciences ne servaient à rien pour trouver un travail. Et pourtant, deux contre exemple actuels. Aujourd’hui, l’industrie du jeu vidéo a besoin d'embaucher des littéraires. Deuxième exemple, l'opération Phénix, lancée par 7 grandes entreprises qui proposent des CDI et incitent non pas des scientifiques mais plutôt des littéraires à les rejoindre. Pas par charité, mais parce que cela leur est utile. En tout état de cause, ce sont bien les écrivains et non les professeurs qui aujourd'hui sont au front sur cette question. Anne-Marie Garat, de la maison des écrivains, nous dit pourquoi (interview). La question n'est pas tant la compétition entre littéraires et scientifiques que la transmission de patrimoine culturel. Voilà par exemple comment "Le grand meaulnes" d'Alain Fournier tombe peu à peu dans l'oubli, malgré le film qui lui a été consacré récemment. Michel Baranger, de l’association des amis d’Alain Fournier, a vu peu à peu les relations avec les lycéens et leurs professeurs se raréfier (interview). Bref qu'est-ce que nos enfants ont fait pour mériter cela ? Question au nouveau ministre de l'éducation, Xavier Darcos, lui-même agrégé de lettres classiques et titulaire de doctorats en études latines, en lettres et sciences humaines. Un dossier de Christine Siméone.

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