Nicolas Demorand revenait ce matin sur la mort de Philip Roth avec la traductrice Josée Kamoun et le journaliste Marc Weitzmann.

Philip Roth
Philip Roth © Getty / Bob Peterson/The LIFE Images Collection

Nicolas Demorand invitait ce matin pour évoquer Philip Roth, l'écrivain mais aussi l'homme, deux personnes qui l'ont côtoyé : sa traductrice privilégiée aux éditions Gallimard, Josée Kamoun, et Marc Weitzmann qui a réalisé plusieurs entretiens avec l'auteur et qui en garde un souvenir ému. 

Avec Portnoy et son complexe (1969, Gallimard), Philip Roth devient célèbre :

Ma chair humaine s'est trouvée propulsée dans la machine à célébrité, pour en faire un hamburger de célébrité.

Il fut bouleversé d'être jeté ainsi dans la célébrité avec ce livre, dont on a vraisemblablement mal compris le message. Car ainsi mis à nu, le personnage de Portnoy et la personne de Philip Roth se sont fondus dans l'esprit des lecteurs et des critiques pour ne faire qu'un. Problématique, lorsque l'on connait les tendances libidineuses du personnage de Portnoy. Pourtant, Philip Roth affirme que ce personnage n'a rien à voir avec lui !

Josyane Savigneau l'évoque dans son entretien avec Nicolas Demorand plus tôt dans la matinée et insiste sur cette place prépondérante du sexe dans son oeuvre qui ouvre souvent les personnages à eux-mêmes. 

Un "contre-poison de l'époque"

L'écrivain et journaliste, qui a interviewé Roth pour Le Monde du Livre, mais aussi pour Le Point en novembre 2007, évoque son sentiment quant à la bibliographie de l'auteur américain : un profond sentiment de liberté qui transparaît dans son oeuvre, avec l'importance de ne jamais se laisser enfermer dans une identité, quelle qu'elle soit. Philip Roth en devient, selon les mots de Marc Weitzmann "vital et important". 

Néanmoins, comme on l'a vu avec Josyane Savigneau, l'identité et l'histoire juive apparaissent en filigrane dans l'oeuvre de Roth : il était "historiquement juif et profondément américain" au sens où les Américains l'entendaient au milieu du XXème siècle. Marc Weitzmann parle en cela de ce besoin de s'extirper de sa condition première et de se réinventer constamment ou en tout cas d'une autre manière. Pour le journaliste, c'est dans cette réinvention constante que l'écrivain américain se retrouvait et trouvait son inspiration. L'espace créateur était alors dans cette tension entre là d'où l'on vient et ce que l'on rêve et ce que l'on fait de soi. 

Et lorsqu'on lui demande de citer un livre de Philip Roth, Marc Weitzmann en cite trois :

  • La Contrevie, publié en 1989, nouvelle traduction de Josée Kamoun en 2004 (titre original : The Counterlife, 1986)
  • Le Théâtre de Sabbath (titre original : Sabbath's Theater), publié en 1995
  • Pastorale américaine, 1999 (titre original : American Pastoral, 1997), traduit par Josée Kamoun

La langue française non adaptée à Philip Roth

Nicolas Demorand évoque les relations de travail qu'entretenaient Philip Roth et Josée Kamoun dans l'entreprise de traduction de cette dernière. Elle parle de "relations privilégiées" en suggérant la semaine new-yorkaise qu'elle passait, grâce à Gallimard, à traduire les livres de Philip Roth. Elle décrit cette semaine comme une "élucidation de ses textes". Il nous semble qu'elle s'entretenait avec l'auteur américain afin de traduire au mieux son oeuvre. Il ne s'agit plus uniquement d'une traduction mais d'une véritable enquête autour de l'oeuvre et de son sens. 

Cette relation étroite permet d'accéder à la langue de Philip Roth. Une langue journalistique, pleine de langueur, mais fluide néanmoins, nerveuse qui ne fut pas simple à traduire. Roth mettait un maximum d'informations dans ses phrases ce qui rendait finalement la langue française quelques fois difficilement adaptée à Philip Roth. 

Josée Kamoun finit son interview avec cette citation provenant du livre La Tache (titre original : The Human Stain) :

Rien ne dure et pourtant rien ne passe. Rien ne passe justement parce que rien ne dure.

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