Elles ont toutes été victimes directes, ou indirectes de Daech. Elles sont toutes veuves, et désormais bannies dans leur communauté, très traditionnelle. Ces femmes yézidies, qui viennent trouver refuge en France, ont atterri mercredi soir, à Toulouse, avec leurs enfants, en provenance d'Erbil.

Ces femmes yézidies et leurs enfants sont partis d'Erbil, direction la France via l'aéroport de Toulouse-Blagnac
Ces femmes yézidies et leurs enfants sont partis d'Erbil, direction la France via l'aéroport de Toulouse-Blagnac © Radio France / Sophie Parmentier

Quand le charter affrété par la France décolle d’Erbil, quelques-unes des 28 femmes yézidies assises pour la première fois dans un avion, fondent en larmes, derrière leur hublot, en survolant ces montagnes du Sinjar, qu’elles n’avaient pas envie de fuir définitivement. Naze*, 27 ans, jolie brune coquette, pense à son mari, capturé par Daech, à l'été 2014. Elle ne l’a jamais revu, et ne sait pas quel sort les terroristes lui ont réservé. 

Elle, a été achetée par différents émirs du groupe Etat islamique. Ses bourreaux l'ont transformée en esclave sexuelle, séparée de ses jeunes enfants pendant plus de trois ans. Ce n'est qu'à la faveur d'un bombardement, qu'elle a réussi à s'évader, et à rejoindre l'Irak, pour retrouver ses quatre petits. Dans l’avion qui vole vers Toulouse, les quatre bambins sont agrippés à sa longue jupe de jean bleu. Elle leur sourit avec douceur, mais son regard est infiniment triste, comme cassé. 

"J'ai été capturée par Daech, j'ai été leur prisonnière pendant trois ans et onze mois", raconte-t-elle d'une voix presque sans émotion. 

"Après tout ce malheur que j'ai vécu, quand je suis revenue en Irak, j'ai été rejetée. je n'avais plus aucun droit. C'est pour ça que je dis que la France est le bon endroit pour nous. Beaucoup de femmes comme moi, sont venues en Europe, et elles ont obtenu plus de droits qu'en Irak", dit Naze, tee-shirt à la mode occidentale et boucles d'oreilles dorées.

En Irak, dans leur communauté ultra-traditionnelle, ces femmes veuves ou ayant perdu la trace de leur mari, sont toutes bannies. C'est une souffrance qui s'ajoute à la souffrance pour Delveen*, 33 ans, un élégant petit voile noir sur ses cheveux teints au henné. "Quand les terroristes de Daech sont arrivés, ils ont tué mon mari. Je suis restée seule avec ma fille. Et c’est parce que j’ai plus rien ici, que je veux partir en France. En Irak, personne ne veut m’héberger. Inch Allah, ma fille et moi, on va construire un avenir meilleur en France. Je ne veux pas que ma fille soit illettrée. Je veux qu’elle ait une belle vie." D'une toute petite voix, la fillette aux sandales rouges et au tee-shirt à paillettes, explique qu'elle a sept ans, et qu'elle rêve d'une belle vie, avec sa maman.

Les femmes yézidies, sourient d'être en France, mais leurs traumatismes se lisent dans leurs regards profondément marqués

Quelques sièges plus loin, Khale, 47 ans, a un air de mama plantureuse, le visage toujours prêt à sourire, son sourire montre un problème de dentition. Son plus jeune fils, âgé de 8 ans, ne la lâche pas d'une semelle. Elle part avec ses deux autres cadets, mais se sent profondément déchirée, de partir sans sa fille aînée, qui a disparu il y a cinq ans. "C’était le 3 août 2014, quand Daech est arrivé au Sinjar. Depuis qu’elle a été kidnappée, je n’ai plus de nouvelles. Elle avait 17-18 ans. Elle était avec son papa. Ils ont tué son père, et elle, ils l’ont capturée. Je prie pour qu’elle ait été sauvée des mains de Daech, ça me soulagerait, et qu’il y ait la paix partout en Irak."

Daech, ils ont brûlé nos maisons, ils ont pris nos biens, ils ont tué nos enfants, ils n’ont fait que du mal. Je souhaite qu’ils soient éradiqués dans le monde. 

C'était la première fois que ces femmes et enfants yézidis montaient dans un avion.
C'était la première fois que ces femmes et enfants yézidis montaient dans un avion. © Radio France / Sophie Parmentier

Dans l’avion, entre Erbil et Toulouse, des fillettes tapent joyeusement dans leurs mains, de jeunes garçons, adolescents, prennent des vues du ciel, avec leurs téléphones. Le plus âgé a environ 16 ans. Aucun de ces ados n’a été enrôlé par Daech, certifie le directeur du centre de crise du Quai d’Orsay, Eric Chevallier, qui a accompagné ces familles yézidies, durant ce long voyage. "Je suis venu pour vous accompagner", leur dit-il quelques heures avant le décollage. "Mais je suis surtout venu pour vous dire que la France est très heureuse, de vous offrir la possibilité d'une nouvelle vie, après les violences et les crimes de Daech."

Les femmes et enfants yézidis sont arrivés à Toulouse et ont rejoint ensuite divers hébergements dans la région toulousaine et dans le sud de la France
Les femmes et enfants yézidis sont arrivés à Toulouse et ont rejoint ensuite divers hébergements dans la région toulousaine et dans le sud de la France © Radio France / Sophie Parmentier

Au bout de six heures de vol, l'avion se prépare à atterrir à Toulouse-Blagnac. Une mère filme l'atterrissage avec son smartphone. Une autre, un peu paniquée, ferme les yeux. La porte s'ouvre. Les 132 femmes et enfants yézidis descendent l'escalier qui les mène au tarmac. Des policiers tamponnent leurs passeports. Des associations les accompagnent vers leurs destinations finales, dans différentes villes du sud. Avant de reprendre le bus, les enfants se ruent sur les bonbons et les madeleines que leur distribue la Croix-Rouge. Chacun repart aussi avec son petit jouet. Un garçonnet en costume rouge est reparti avec son premier Monopoly sous le bras.

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