Aucun pays européen n'est allé aussi loin que l'Espagne pour défendre la cause des femmes. En 2004, une loi inédite contre les violences conjugales a été votée à l’unanimité. Depuis, on a créé 92 tribunaux spécialisés, ouvert un ministère de l’Egalité et investi 800 millions d'euros. Cette loi était une promesse de Zapatero, l'actuel chef du gouvernement espagnol, et elle nous concerne car l 'Espagne prendra en 2010 la présidence tournante de l'Union européenne et compte promouvoir son expérience pour lutter contre un fléau sans frontières ni barrières de classes. Ségolène Royal avait promis que si elle avait été élue présidente, elle se serait inspirée du modèle espagnol pour faire passer sa première loi. La violence conjugale est la deuxième cause de mortalité non naturelle après les accidents de la route. Dans notre pays, une femme meurt tous les 2 jours sous les coups de son compagnon ou de son ex, un homme tous les 13 jours. Il y a eu 166 femmes tuées en France dans ces conditions en 2007. Il y en a eu 74 la même année en Espagne, 75 en 2008. Ce n'est pas un phénomène en régression . Est-ce que cette loi fonctionne ? Les plaintes et les demandes de protection affluent et engorgent les tribunaux. Les dossiers qui arrivent devant les juges ne représenteraient que 10% des cas, la pointe de l'iceberg. Parfois, la justice est mal rendue ou trop vite. Chaque erreur a un grand retentissement dans les médias. Faute de moyens électroniques ou de personnel, on ne peut pas surveiller tous les hommes exclus de leur domicile qui cherchent à se venger. Et faute de jurisprudence, c'est le flou. Les magistrats ont suspendu leur jugement dans 200 procès en attendant que le Conseil Constitutionnel se prononce. Que disent les Espagnols ? La loi fait polémique parce qu'on a introduit dans le code pénal la discrimination positive avec de réelles situations de « deux poids deux mesures » : la menace verbale ou la contrainte dite « légère » sur une femme si, par exemple, vous regardez ses messages sur son portable, ce sont des faits considérés comme des délits passibles de 6 mois de prison pour l'homme mais pas pour la femme qui aurait eu la même conduite. Comment cette loi est-elle vécue en Espagne ET qu’en disent les hommes ? Un reportage de Philippe Reltien et Gilles Gallinaro.

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