Hommages aux victimes des attentats à Bruxelles
Hommages aux victimes des attentats à Bruxelles © Radio France / Philippe Randé

Un zoom à travers l'Europe ce matin, après les attentats de Bruxelles. Comment Londres, Berlin et Rome voient-ils le drame qui a frappé la capitale européenne et comment réagissent-elles ? Reportages avec nos correspondants sur place.

À Londres, le souvenir des attaques-suicides du 7 juillet 2005

« Seven-seven » comme on les appelle ici, "le seven-seven de Bruxelles" titre d’ailleurs L’Evening Standard , le quotidien gratuit du soir. Quatre kamikazes qui se font exploser leur bombe dans un bus et dans le métro londonien, les attentats coordonnés, le matin, à l’heure de pointe… Difficile de ne pas faire le rapprochement.

Après ce drame, les Britanniques ont changé d’approche dans la lutte antiterroriste. Ils ont d’abord donné plus de pouvoirs à la police.Une garde à vue peut par exemple durer jusqu’à 28 jours.

Ensuite, les services de renseignement ont concentré leurs efforts sur le terrorisme en infiltrant et en surveillant les réseaux, pour en finir notamment avec le "Londonistan".

Le multiculturalisme a été remis en question. Les kamikazes avaient grandi au Royaume-Uni, une attaque pouvait donc venir "de l’intérieur"… Le pays a alors décidé de travailler avec des acteurs sur le terrain pour repérer les individus dangereux.

Cette stratégie est critiquée. Certains estiment qu’elle stigmatise les musulmans et serait peu efficace… mais il n’y a pas eu d’attentats majeurs ici depuis 2005. Deux autres raisons à cela : le Royaume-Uni est une île, difficile d’y entrer. Et grâce à une législation stricte, il y a beaucoup moins d’armes à feu en circulation que sur le continent.

À Berlin, la peur de devenir une cible

L'Allemagne a plus que jamais peur de devenir à son tour la cible du terrorisme. Selon un specialiste des questions de sécurité, cité de façon anonyme par la presse, un ou plusieurs attentats en Allemagne pourraient avoir été préparés. Abdeslam ferait en effet partie d'une cellule explicitement formée pour préparer un attentat en République Fédérale.

Un indice allant en ce sens est le mystérieux voyage de quelques heures effectué en octobre 2015 par le terroriste à Ulm, pour y récupérer trois complices arrivés en Allemagne avec le flot des réfugiés. Ils vivaient alors dans un foyer d'accueil pour réfugiés, et se prétendaient syriens.

On retrouve aussi en Allemagne la trace d'Abaoud , un autre des terroristes du 13 novembre, abattu à Saint Denis. Lui aussi se serait rendu en Allemagne, à deux reprises, en 2008 et en 2014.

La police allemande a par ailleurs arrêté en février (là encore dans un foyer de réfugiés) un couple d'Algériens connu pour sa proximité avec un cadre de l'organisation EI. Un autre Algérien enregistré dans un foyer de réfugiés des environs de Hanovre s'était rendu récemment dans le quartier bruxellois de Mollenbeck. Un travail de patience pour les enquêteurs allemands qui tentent de recoller les morceaux d'un puzzle inquiétant pour la sécurité du pays.

À Rome, l'expérience de la lutte anti-criminalité

Il y a trois Italiens parmi les blessés de Bruxelles. Et même si l’Italie a jusqu’ici été épargnée par les attaques islamistes, Rome se retrouve régulièrement ciblée dans les clips de propagande . Le Colisée ou la Basilique St Pierre apparaissent encerclés par les flammes.

La présence du Pape renforce évidemment les craintes. Immédiatement après les attentats de Paris et alors que le Jubilé démarrait à Rome, drainant des foules de pélerins, 24 000 militaires ont été postés aux points stratégiques de la capitale, dont une bonne partie aux alentours de la Place St Pierre. Ce dispositif demeure après les attentats de Bruxelles. Il s’agit du niveau 2 d’alerte, juste en dessous du niveau maximum. Ce qui change réellement depuis mardi c’est le renforcement des contrôles dans les gares et les aéroports.

Les autorités italiennes cherchent surtout à atténuer les peurs des Italiens. Le risque d’attentats reste élevé. Mais il n’existe pas d’alerte spécifique ou de signaux établissant une action imminente en Italie. La prévention paye, d’après le ministre de l’Intérieur Angelino Alfano , citant plusieurs opérations réussies. Depuis le début de l’année, 74 suspects radicalisés ont été expulsés d’Italie . Dont cinq imams. Et mardi matin un homme irakien soupçonné d’avoir des liens avec les réseaux djihadistes français et belges a été arrêté près de Naples... Fruit d’une coopération policière réussie.

Les experts en sécurité soulignent la grande expérience des forces de l’ordre italienne, des services de renseignement en particulier, rodés par des décennies de lutte contre la criminalité organisée, la mafia. Services qui n’ont jamais depuis les années de plomb baissé la garde sur l’anti -terrorisme. Ainsi Matteo Renzi le président du conseil déclarait hier soir : l’Italie a affronté la guerre, le terrorisme des Brigades Rouges, a fait plier la Mafia… C’est un défi nouveau qui se présente. Et il a plaidé une nouvelle fois pour une réponse européenne, via un Pacte Européen pour la liberté et la sécurité.

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