"Faites l'amour pas la guerre" crient les jeunes de mai 68. Ils réclament notamment un droit de visite au sexe opposé dans les chambres des résidences universitaires. Ils l'auront et pousseront l'exploration bien plus loin...

En 68 c'est un phénomène de rapprochement des corps qui s'opère
En 68 c'est un phénomène de rapprochement des corps qui s'opère © Maxppp / Le Pictorium / Philippe Gras

On pense généralement que tout débute avec cette revendication de "libre circulation" de Daniel Cohn-Bendit à la fac de Nanterre. La libre circulation, c'était de pouvoir aller dans le dortoir des filles, mais pas qu'à Nanterre. 

Dans la très bien-pensante ville de Tours, à la fac, les garçons n'avaient pas le droit d'aller dans la cité U des filles. Les filles, "considérées plus sérieuses" pouvaient aller chez les garçons, en journée, en laissant leurs papiers au gardien et en les récupérant, preuve qu'elles n'y restent pas la nuit. Michèle a 20 ans, elle décide de forcer le destin : "avec mes copines on a décidé de faire une provocation. Nous avons laissé nos cartes d'étudiantes aux gardiens, comme si nous avions passé la nuit chez les garçons. C'était une provocation pour faire bouger les choses. Tout le monde l'a su et dès le lendemain il n'était plus question de laisser les cartes aux gardiens. Deux mois après les filles dormaient chez les garçons et les garçons chez les filles. En deux moi c'est incroyable ce qui s'est passé."

En 68 c'est un phénomène de rapprochement des corps qui s'opère

La sortie d'une France aux vieilles mœurs, sans relations sexuelles avant le mariage, sans contraception, la Loi Neuwirth tout juste votée n'est pas encore vraiment appliquée. Alors on se débrouille avec le préservatif. L'exaltation est dans l'air. 

Éprouver du désir, le dire et le vivre. C’est ce que mai 68 leur a apporté
Éprouver du désir, le dire et le vivre. C’est ce que mai 68 leur a apporté © Maxppp / Le Pictorium / Philippe Gras

Danielle avait 18 ans, elle deviendra médecin et militante au Planning. Pierre 22 ans. Les filles s'émancipaient et les garçons en profitaient

"Le désir sexuel était autorisé même en dehors de sentiments amoureux" raconte Danielle. "Ça n’était pas péjoratif d'avoir une relation uniquement pour la sexualité, on n’était pas traitées de salopes, on n'était pas injuriées. Ça ne portait absolument pas préjudice à la réputation d'avoir plusieurs partenaires, ça faisait partie d'un mode de vie sans jugement."

Pierre : "Il y avait des femmes qui demandaient à des garçons, qui me demandaient de faire l'amour, ce qui n'existait pas du tout avant. C'était nouveau pour moi et un peu étrange. Il y avait une soif de goûter à des peaux différentes, à des corps différents et des sexualités différentes aussi, sans obligation, sans culpabilité. Il y avait un rapprochement des corps en même temps qu'un rapprochement de pensées ; de se laisser conduire par le désir. Ça a été une époque de désir et de plaisir. Ça a été vraiment un feu d'artifice."

Une libération sexuelle qu'on a idéalisée et dont on a parfois oublié les dérives

Malka Marcovich est historienne, auteur de "l'autre héritage de 68, la face cachée de la révolution sexuelle" : "On remettait en question les rapports générationnels. Il y avait des professeurs qui couchaient avec leurs élèves et tout ça se faisait dans une idée que tout ça était formidable et très joyeux, même si ça ne l'était pas forcement, et sans forcément prendre conscience que ça pouvait être une sexualité violente et sans désir. C'était une espèce d'injonction à la sexualité, sinon on était considéré comme une réactionnaire archaïque et coincée." 

Le gros tournant  de cette libération de 68 ce fut de dissocier sexualité et procréation, avec le début des combats pour l'accès à la contraception, comme cette grande manif de 1971.

Car l'accès à la contraception c'est pour les jeunes ce qui reste de cette libération sexuelle. Comme ces jeunes filles qui ce jour-là assistaient à une réunion du planning familial sur la sexualité et l'héritage de mai 68

50 ans après on ne parle plus libération sexuelle, est-elle autant acquise pour tous ? Pas sûr, aujourd'hui on parle plus violences sexuelles   

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