En Afrique sub-saharienne, 25 millions de personnes vivent avec le VIH. De plus en plus de malades ont accès aux médicaments, mais seulement s'ils vivent dans les grandes villes ou à proximité d'hôpitaux bien équipés. Au Cameroun, sur 500 000 malades du sida, 100 000 ont besoin de médicaments mais seulement un tiers reçoivent un traitement. L'Afrique décidément n'a pas de chance : elle a dû faire face à une épidémie sans précédent, mener un rude combat pour avoir accès aux traitements et aujourd'hui, les médecins qui pourraient les distribuer ont quitté les pays. Il y aurait 600 médecins camerounais aux Etats-Unis. Autre exemple : il y aurait plus de médecins béninois en Ile-de-France qu'au Bénin. Et pendant ce temps, les hôpitaux des grandes villes qui distribuent les médicaments, affichent complets. D'où la mise en place de la décentralisation, une nouvelle politique de distribution des médicaments en province, dans les districts, comme l'explique le Dr Charles KOUANFACK (interview). A une heure de voiture de la capitale camerounaise, dans un district, il y a l'hôpital de M'FOU, un hôpital peint en beige, à volets marrons, à l'abri des manguiers. Des patients attendent la consultation, assis sur des bancs en bois à l'ombre. Hôpital calme, bien équipé sans plus et qui assure 1 000 consultations par mois - toutes maladies confondues - et traitent plus de 300 malades du Sida. Visite avec le directeur, le Dr NDAM (interview). Donc pour les patients séropositifs, une prise en charge allégée, c'est-à-dire des traitements donnés d'abord par un médecin mais qui peuvent être renouvelés par exemple par un infirmier. Pas d'examen sophistiqué mais des constatations cliniques. Dans le cadre de la collaboration Nord-Sud, cette décentralisation, qui a commencé il y a deux ans, va être évaluée par l'agence française de recherche sur le Sida. La crainte c'est en effet que les traitements soient mal pris, que des résistances s'installent et que les médicaments ne soient plus efficaces. Si cette décentralisation des soins est un succès, on pourrait, nous aussi, dans les pays du Nord, en tirer des leçons, car une prise en charge allégée et donc moins chère, la Sécurité Sociale en rêve. Extrait de "Sida in the city" (1993) du chanteur Alpha Blondy - album "SOS guerres tribales". Un dossier d'Hélène Cardin qui revient de Yaoundé, la capitale du Cameroun.

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