Un camp de réfugiés en Ethiopie
Un camp de réfugiés en Ethiopie © Radio France

Qui sont ces hommes et ces femmes qui errent en France et d'où viennent-ils ? Du Soudan, de Syrie ou encore d'Erythrée, petit pays de la Corne de l'Afrique.

L'Erythrée est une dictature africaine, un bagne à ciel ouvert où la fuite n'est pas un choix mais souvent une question de survie.

Julie Pietri a rencontré ces évadés Erythréens au tout début de leur périple, à la frontière Ethiopienne. L'Ethiopie et ses camps de réfugiés est souvent leur première étape avant le grand voyage.

Derrière cette radio, dans cette voiture, il y a Tesfaye Asebot, du Haut: Pour les réfugiés des Nations Unies. Il nous conduit dans l'un de ces camps. "On va à Shimelba. Plus de 6000 réfugiés vivent dans ce camp. Il a ouvert en 2004, commissariat c'est l'un des plus vieux camps. Nous accueillons 76 000 réfugiés érythréens. En ce moment, 200 personnes passent chaque jour. Et vous devez vous préparer parce qu'ils viendront en Europe." Pour l'atteindre, les Erythréens ont déjà joué leur vie. Ils ont marché des journées entières, franchis des canyons, repoussés des animaux sauvages, sans parler des gardes frontières érythréens qui les guettent. Ils ont ordre de tirer à vue sur les fuyards.

Pourquoi fuient-ils l'Erythrée?

Dans ce pays, le service militaire dure longtemps de 16 à 40 ans. Il n'existe par ailleurs aucune liberté, aucun avenir et pas de justice.

Comme l'explique Nasser Biniam, 45 ans : "J'étais professeur de lycée. Je vis dans le camp de Shimelba. Les maisons en boue sont collées les unes aux autres. Il n'y a pas d'électricité. Je n'ai rien ici. En Erythrée, vous n'avez aucun droit. Un jour, un soldat vient chez vous et vous dit que le gouvernement veut vous interroger. Vous disparaissez, juste comme ça. Il y a 300 prisons en Erythrée. Souvent, les cachots sont sous terre. Dans le noir. A force, vos cheveux changent de couleur. On tue les gens à volonté. La vie en Erythrée est insupportable."

Beaucoup de réfugiés ici ne pensent qu'à une chose, rejoindre l'Europe

Sur le camp, la nuit s'installe. Beaucoup de réfugiés ici ne pensent qu'à une chose, rejoindre l'Europe. Agou Endème commence à nous parler. Même dans l'obscurité, on peut voir que son visage, son corps sont très amochés :

"Mon nom est Agou Endème. J'ai 27 ans. J'ai attendu ici, dans ce camp en espérant partir légalement dans un autre pays. Mais il n'y avait aucun espoir. Alors j'ai décidé de partir illégalement au Soudan, à Khartoum. J'ai été kidnappé par des bédouins rashaidas. Ils m'ont donné deux options. Soit je leur donnais 35 000 dollars, soit ils prenaient mes reins. Ma famille ne pouvait pas m'aider. Ma mère m'a dit : "on n'a pas cet argent. Mais si tu meurs on veut le savoir". J'ai été emprisonné 10 mois dans le sous sol d'une maison, dans le Sinaï. Ils m'ont torturé. Mes oreilles ont été coupées avec un rasoir. Mes doigts tranchés à la hache. J'ai reçu des décharges électriques dans tout le corps. Je n'avais plus de force. Ma famille s'est finalement endettée pour collecter l'argent. Et je suis revenu ici. L'Europe c'est le rêve. C'est vrai. Mais maintenant je dis à tous les gens ici : ne partez pas !" 

Près de lui, une réfugiée Sabrina Mohamed, l'écoute. Elle a 28 ans. Elle connait ces dangers. Mais finalement "peu importe" dit-elle. "Je sais que beaucoup de personnes meurent sur la route de l'Europe. Les femmes sont violées, frappées dans le Sinaï. Je le sais.

Mais mettez-vous à ma place ! Si vous n'aviez pas le choix... Si vous deviez rester éternellement dans ce camp, à ne rien faire, à boire, à gaspiller votre jeunesse ici comme je l'ai fait pendant 9 ans. Voilà pourquoi on prend ce risque."

L'Europe n'est pas la fin du chemin de croix

Léonard Vincent est journaliste, auteur du livre "Les Erythréens" dans lequel il décrit cette situation. Cinq millions de personnes vivent en Erythrée. Probablement un habitant sur 5 a tenté de fuir le pays. Et cela ne fait que commencer. Une fois arrivés en Europe, ils tentent de rejoindre l'Angleterre, l'Allemagne ou la Suède. Là où est déjà implantée leur communauté.

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