Les versions 2.0 des pires jeux de cour d'école (jeu du foulard ou de la tomate, qui impliquent de se faire suffoquer) ont toujours leurs adeptes, et malheureusement aussi leurs victimes et leurs bourreaux. Policiers et gendarmes essaient de faire de la prévention auprès des élèves : illustration dans la Sarthe.

Le Momo challenge, héritier d'une longue liste de jeux dangereux à l'école
Le Momo challenge, héritier d'une longue liste de jeux dangereux à l'école © Maxppp / Jean-François Frey

Protéiformes, parfois redoutablement bien conçus, ces jeux visent principalement les collégiens, victimes et parfois bourreaux involontairement, lorsqu’ils relaient pour rigoler des messages violents, des vidéos dangereuses ou lorsqu’ils se font pirater leurs comptes.

Quelques policiers et gendarmes en France, sur une partie de leur temps de service, tentent d'alerter les élèves de 4e et de 3e dans les collèges. Des séquences focalisées sur les pièges et les risques encourus pénalement. Harcèlement sur Internet, jeux dangereux, défis ou  challenges comme celui de la "Baleine bleue", ou encore le dernier en date, le "Momo challenge" (symbolisé par un visage de femme et des pieds de poule du genre film d’horreur). Sur ce dernier jeu, une enquête préliminaire a été ouverte à Rennes suite à la mort d'un adolescent de 14 ans.

Nous avons pu suivre le brigadier-chef Erwan Le Guillan, l’un de ces policiers chargés de la prévention au sein de la police nationale, face à des élèves d'une classe de 4e et leurs parents, au collège Saint-Joseph au Mans, premier groupe scolaire privé de la Sarthe.

Un flic geek contre les dégâts des jeux dangereux

C’est une séance spéciale "Prévention des dangers du net et jeux dangereux", un one man show très particulier mais très bien réglé. Trente élèves installés en arc de cercle dans la salle polyvalente du collège, autour de ce policier venu avec son arme de service, visible sous son costume sombre bardé du petit écusson "police nationale". Deux heures entrecoupées de courtes séquences sur écran géant, avec les adresses web de la police ou d’associations d’aide aux victimes, des vidéos... Mais aussi des photos chocs de cellules de garde à vue, ou de l'établissement pénitentiaire pour mineurs d'Orvault : comme un avertissement à celles et ceux qui voudraient trop jouer avec le feu sur la toile.

Le brigadier-chef Erwan Leguillan lors d'une intervention au collège Saint-Joseph du Mans
Le brigadier-chef Erwan Leguillan lors d'une intervention au collège Saint-Joseph du Mans © Radio France / Emmanuel Leclère

Erwan Le Guillan est entré dans la police il y a 18 ans. Père d’un adolescent de 14 ans, accro aux jeux vidéo en ligne pour le boulot et en famille, il est devenu, au fil des années et des changements de poste, un spécialiste des dangers des addictions. Un CV un peu atypique : enquêteurs aux stups au Mans, cybercriminalité, puis quatre ans au sein de la brigade des mineurs, "celle où l’on bosse le plus, celle où l’on voit tellement de choses difficiles à vivre pour le commun des mortels", une formation de prévention aux addictions et une très bonne connaissance des jeux vidéo en ligne.

Quand la réalité rattrape le virtuel

Le policier connait notamment bien les discussions virtuelles qui peuvent s’instaurer avec des inconnus, et ne juge jamais "bien ou mal" ces pratiques. Au contraire, il énumère les aspects positifs de ces formes de socialisation, de réflexion, tout en citant aussi des exemples de rencontres virtuelles qui ont mal tourné

Au Collège Saint-Joseph au Mans, les élèves de la quatrième "Sophia" percutent vite. Parfois, un fou rire, comme quand Erwan Le Guillan leur demande ce qu’ils font quand quelqu’un casse un verre à la cantine, ou quand une bagarre éclate dans la cour du collège. Tout cela pour aborder en deux secondes les "effets de groupe", ces moments où tout bascule très vite sur de possibles "grosses bêtises".

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Le policier sait aussi cueillir les élèves et parfois plomber l’ambiance, après leur avoir donné de bons conseils pour créer des mots de passe faciles à retenir pour chaque application, après les avoir questionnés sur les différents jeux dangereux qui pullulent sur la toile. Comme la "Baleine bleue" ou le "Momo challenge" ces derniers mois.

Victime ou coupable d’infraction en quelques clics   

Les élèves connaissent quasiment tous parfaitement le premier, ce jeu qui peut in fine pousser au suicide : "Je me rends compte par rapport aux classes que j’observe, que certains à treize ans sont déjà matures, et d’autres pas", explique le policier. "J’ai eu des jeunes qui m’ont confié que pour faire un peu le buzz, ils s’étaient aspergés d’essence, qu’ils avaient allumée pour l'éteindre aussitôt."

Il leur raconte que la provocation au suicide peut évidemment mener en garde à vue dans un commissariat. Que d’aller sur des sites de jeux dangereux et les relayer ensuite peut avoir des conséquences, surtout si la personne à qui l'on en parle est fragile, et qu’elle passe ensuite à l’acte.

► SUR LE NET | Netecoute.fr propose notamment aide et soutien psychologique aux ados victimes

Erwan Le Guillan rappelle que les adolescents laissent aussi un nombre incalculable de données personnelles sur les réseaux sociaux, qui peuvent parfois se retourner contre eux. Et qu’ils peuvent aussi se rendre coupable d’infractions sans le vouloir : exemple à l’appui, il leur prouve qu'il est assez facile pour des policiers de remonter çà l'origine de ce genre d’infractions 2.0. Et qu’il est plus difficile pour les détenteurs des comptes de prouver qu’ils se sont fait pirater.

Au collège Saint-Joseph, on a connu l'an passé plusieurs tentatives de suicide, dont une jeune fille harcelée sur les réseaux sociaux. Cette année, ce sont toutes les classes de 4e qui recevront le cours du brigadier-chef Le Guillan.

Et pour la première fois, les parents étaient aussi conviés ce soir-là, histoire de les rassurer sur ces sujets sensibles. Pour le chef d’établissement, les ados ont tendance à ne pas se livrer  quand ils rentrent à la maison. D’où l’idée de permettre aux parents de s’informer, pour tenter d’en discuter à la maison avec des exemples concrets, qu'ils soient drôles ou beaucoup moins drôles.

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