Après la Vanoise, Port-Cros, les Écrins ou encore le Mercantour, la France se dote d'un onzième parc National. Il sera exclusivement dédié à la protection de la forêt. À cheval sur deux régions, la Bourgogne-Franche-Comté et le Grand Est, il aura fallu 10 ans de gestation pour créer ce nouveau parc national.

Plus de 240.000 hectares de forêts dont 80 % étaient présents à la révolution française
Plus de 240.000 hectares de forêts dont 80 % étaient présents à la révolution française © GIP préfiguration Parc National Champagne Bourgogne/Franck FOUQUET

Des hêtres, des charmes, des frênes, des chênes, des taches  jaunes, orange, rouge parsèment un fond vert immense 240.000 hectares de forêts s'étendent à perte de vue.

Un patrimoine inestimable à protéger explique le directeur du projet de création du Parc national Hervé Parmentier : "Ici on se trouve dans le cœur du Parc National des Forêts. C'est d'abord un territoire qui est jugé remarquable : plus de 80% des forêts qui nous entourent étaient là au moment de la Révolution française et ça, ça n'existe que très rarement ailleurs en France." 

On a des végétaux, des animaux très, très, particuliers comme la cigogne noire ou comme le chat forestier, des espèces très, très fragiles qui nichent ici dans ce parc national.

L'ambition est aussi d'en faire LE centre de recherche d'Europe sur la forêt

Une parcelle de 3.000 hectares sera exclusivement réservée aux chercheurs. Un laboratoire à ciel ouvert, inédit explique Bernard Frochot, directeur du comité scientifique : "C'est une première en France sur une aussi grande surface. L'intérêt scientifique c'est d'avoir une grande étendue et d'observer comment une forêt se débrouille toute seule pour se régénérer lorsqu'il n'y a plus d'impact humain."

Décidée par l'État, la création de ce parc national n'a pas été une promenade de santé. 10 ans de gestation, un changement de mouture. En 2017, le projet a même failli être abandonné sous la pression d'opposants parfois très virulents. 

Certains s'inquiètent d'uen baisse des revenus liée à la diminution des coupes de bois
Certains s'inquiètent d'uen baisse des revenus liée à la diminution des coupes de bois © Radio France / Sandy Dauphin

Aujourd'hui encore agriculteurs, chasseurs, forestiers craignent une mise sous cloche de leur territoire. D'autant que dans parc entre 8 et 10% des coupes de bois seront gelés. 

Denis d'Herbomez exploitant forestier, vice-président de la fédération nationale du bois : "Ce qui m'inquiète c'est l'éventuelle prise de pouvoir au sein du Conseil d'administration du parc d'intégristes écologiques." Et qu'on ne vienne pas lui expliquer comment protéger la forêt et ses espèces emblématiques alors qu'il l'a toujours fait : "Ça fait 30 ans qu'on n'exploite aucune parcelle quand les cigognes noires sont là, quand il y a un nid de cigogne noire on attend que la cigogne soit partie pour exploiter les parcelles. On n'a pas attendu le parc pour ça"

Le parc national englobera 129 communes de Haute-Marne et de Côte d'Or. Une soixantaine est située dans "le cœur de Parc", une zone plus préservée. 

Chasse contre tourisme vert

Le parc national englobera 129 communes de Haute-Marne et de Côte d'Or. Une soixantaine est située dans "le cœur de Parc", une zone plus préservée.  Parmi elles, Arbot, 72 habitants, 650 hectares de forêt. Son maire, Jean-Paul Bidaut est un opposant de la première heure. Sa préoccupation majeure : son budget le village vit de la vente de bois et des locations de chasse. "Mes craintes c'est qu'il y ait des contraintes sur la chasse et que les gens ne viennent plus chasser. Si on m'arrête les locations de chasse c'est une perte financière pour la commune de 15%. Ensuite on vend également pour environs 15% de notre budget de bois communal, s'il y a trop de contraintes les gens ne viendront plus acheter cette forêt, ce qui nous fera une perte sèche."

Mais dans ce territoire isolé ou l'exode rural continue. D'autres élus y voient au contraire une opportunité économique pour développer le tourisme vert : "Regardez un peu, vous voyez les petites passerelles ?" demande Jean-Charles Colombo maire de Bure-les-Templiers.

"C'est super sympa, c'est un parcours au milieu de la forêt, un parcours nature et je pense que tous les personnes qui s'intéressent de près à la nature, c'est ça qu'il faut qu'elles viennent découvrir. Le parc national c'est un formidable levier pour l'économie pour notre territoire. Un jeune couple s'est installé sur la commune lorsqu'il a su que le parc allait se créer : elle est bretonne et elle a mis en place une fromagerie de fromage de brebis et c'est un label."

J'ai un agriculteur sur ma commune qui est contre le parc, il a le droit. Je lui dis écoute est-ce que tu préfères qu'on ait sur notre commune de Bure-les-Templiers une décharge de déchets nucléaires comme il y a Bure en Moselle ou un parc national ? 

C'est une opportunité, c'est la seule opportunité qui nous restait à nous habitants du territoire pour ne pas être complètement oubliés, ne pas être exclu. 

Reste à faire vivre ce nouveau parc national et développer les infrastructures touristiques. Il y a actuellement seulement 200 places d'hébergements sur le territoire, alors que le parc vise les 100.000 visiteurs.

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