Alors que s’ouvre lundi matin à Paris le procès-fleuve du scandale du Mediator, dix ans après la mise en lumière de ce scandale, France Inter donne ce matin la parole à quelques-unes des 2 700 victimes qui se sont portées partie civile dans ce dossier.

Boîte de médicaments Médiator
Boîte de médicaments Médiator © Radio France / Reuters

Ils sont près de 2 700 victimes du Mediator à s’être porté partie civile dans ce dossier. Parmi elles, Michel. “Je veux qu'ils reconnaissent leur torts”, lâche-t-il au micro de France Inter. “Ce que je voudrais, je vous le dis ouvertement, c'est qu'on ferme ce laboratoire. Je ne lâcherai pas l'affaire.

Âgé de 70 ans, il attend ce procès depuis dès années. Il espère découvrir et comprendre comment les laboratoires Servier ont pu commercialiser entre 1976 et 2009 un antidiabétique, prescrit comme coupe faim, qui a tué entre 500 à 2000 personnes et qui a brisés les vies de milliers d'autres.

Une opération du cœur, marque indélébile du Mediator

Nous suivons Michel dans le parc où il jouait aux boules… “avant”. Avant, c'était avant son opération du cœur. La marque du Mediator, l'atteinte des valves cardiaques et ses conséquences, en particulier insuffisance respiratoire. “J’ai pris le Mediator en 2003 pendant sept ans, pour du diabète. En 2008, le médecin m’a alerté sur un problème cardiaque et m’a dit que je devais me faire opérer du cœur. J’avais la valve mitrale (valve du cœur reliant l'oreillette gauche au ventricule gauche, NDLR) complètement esquintée et puis la valve aortique” détaille-t-il. 

“Je suis tout le temps fatigué, je ne peux plus rien faire, je suis un bon à rien”

Aujourd’hui Michel doit faire attention à tout ce qu’il mange. Il ne peut pas manger de salade, de tomates. “J’ai une vie sédentaire : la maison, la maison, la maison. Je suis tout le temps fatigué, je ne peux plus rien faire, je suis un bon à rien”. 

Des victimes partout en France

Des victimes du Mediator il y en a dans toute le pays. Michel en Seine-et-Marne ou bien Corinne à Saint-Omer avec Jean-Marie son époux. Comme les autres elle a dû subir une opération à cœur ouvert et une longue cicatrice de 20 centimètres barre son thorax. Il y a aussi cette valve mécanique, avec laquelle elle a dû apprendre à vivre. “J’ai peur que ma valve s’arrête par moment. J’y pense et je l’écoute souvent. Certains sont embêtés par ce bruit, pas moi, parce que je me dis que je suis en vie” témoigne-t-elle. 

Son époux raconte que Corinne a été opérée à l’âge de 48 ans et que le rapprochement avec le Mediator a été fait “un an ou deux après” l’intervention : “À l’époque on n’en parlait pas”. 

Inquiète, Corinne a consulté son cardiologue : “Je lui ai parlé du Mediator, il m’a dit que ‘non, pas du tout’. Je lui ai demandé si on ne pouvait pas récupérer la valve abîmée pour savoir si c’était à cause de ça et il m’a répondu que ça avait sûrement été jeté et même ‘donné aux cochons ou à un chien’. Il se moquait vraiment”. 

“Tout ça pour maigrir”

Jean-Michel poursuit : “Ça nous a fait perdre les plus belles années de notre vie”. “Tout ça pour maigrir en étant jeune… voilà le résultat”, se désole Corinne. 

Ce sont les medias qui ont alerté toutes ces victimes sur le lien entre leur maladie et le Mediator, à la radio, à la télé, il y a maintenant dix ans. Des laboratoires Servier, ils espèrent aujourd'hui au procès la reconnaissance de leur faute une faute qui ne se réparera pas qu'avec de l'argent. 

Michèle “attend de mourir” 

Dans son petit pavillon de Seine-Saint-Denis, Michèle n'a pas voulu de cet argent. “Ils proposent de l’argent de temps en temps pour faire taire les gens. Moi non, je suis tellement en colère après eux. Ce sont des assassins et des escrocs. J’espère qu’ils seront condamnés à une lourde peine et qu’ils ferment. Il y en a tellement d’autres !

Elle dit “attendre de mourir désormais” mais espère “voir le procès d’abord”. “Donc il faut que je tienne six mois” conclut-elle.  

Il y a aussi Odette, Marina, Jean Charles. 500 victimes du Mediator, reconnues au cas par après de longues et éprouvantes expertises, ont été opérées du cœur. Des milliers d'autres souffrent d'hypertension artérielles pulmonaires et des centaines sont décédées. 

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