À Briançon, dans les Hautes-Alpes, le maire (LR) refuse de reconduire la convention d'occupation du "refuge solidaire", installé par son prédécesseur en 2017, dans des locaux de la communauté de communes. Les associations craignent désormais de voir des familles d'exilés "à la rue".

Le "refuge solidaire", lieu d'accueil des migrants de passage à Briançon, menacé de fermeture
Le "refuge solidaire", lieu d'accueil des migrants de passage à Briançon, menacé de fermeture © Radio France / Rémi Brancato

Le "refuge solidaire" pour migrants de Briançon va-t-il devoir fermer ses portes ? Il accueille depuis 2017 des personnes exilées, arrivées en nombre des cols alpins voisins depuis l'Italie, dans la ville des Hautes-Alpes, depuis 2016.

Ce petit bâtiment, en partie décrépi, au fond d’une cour derrière la gare est en permanence ocucpé. Au rez-de-chaussée, des hommes seuls boivent un thé, dans la petite salle commune. "Ils préparent la suite du voyage car ils n'ont pas vocation à rester ici longtemps", commente Philippe Wyon l'un des cofondateurs du "refuge solidaire".

L'association, créée en 2017, regroupe les bénévoles mobilisés pour venir en aide aux personnes qui traversent les cols alpins depuis l'Italie.

11 000 personnes hébergées en trois ans

Ce lundi matin, Ali se repose, exténué par la traversée, à 10 kilomètres. "Je suis tellement fatigué", explique ce jeune afghan de 22 ans, après 8 ou 9 heures à marcher dans la montagne et la forêt. Au refuge, il a retrouvé Mohammed, ancien architecte iranien de 40 ans, arrivé ici cinq jours auparavant. Au gré des routes migratoires, en Bosnie, Ali et Mohamed s'étaient déjà rencontrés, dans un camp de migrants.
"Ici, ils nous offrent un lit avec des vêtements, de la nourriture, des draps propres, c'est très bien car on n'a plus rien" sourit Mohammed : "j'ai quitté l'Iran il y a cinq ans et j'ai tout laissé dans mon pays". 

Mohammed, exilé iranien, devant le "refuge solidaire"
Mohammed, exilé iranien, devant le "refuge solidaire" © Radio France / Rémi Brancato

Ce soir là, ils sont 28 à dormir dans le bâtiment. "C'est ça la solidarité montagnarde, un truc qui marche : on a accueilli 11 000 personnes en trois ans", souvent pour quelques nuits, s'enthousiasme Pauline Rey, coordinatrice des plus de 300 bénévoles du refuge, qui se relaient tous les jours pour aider les migrants. La jeune femme dit ne pas comprendre la décision du nouveau maire de Briançon.

Le nouveau maire dénonce un problème de sécurité dans le refuge

Dans deux courriers envoyés à l'association, Arnaud Murgia (LR), élu en juin, lui demande de quitter les lieux au 28 octobre. Initialement, le "refuge solidaire" s’était installé avec l’accord de l’ancien maire (ex PS) dans ce bâtiment de la communauté de communes mais la convention d'occupation est caduque depuis le mois de juin. "S'il y a un accident, c'est moi qui suis pénalement responsable" justifie le maire, également président de la communauté de communes, qui invoque des questions de sécurité dans un édifice qui n'est pas aux normes. "Je voudrais que ces personnes là ne se mettent pas en danger mais, en tant que maire, je considère que je ne suis pas là pour me poser la question de la manière dont on accueille et dont on gère la problématique de l'immigration en France, c'est à l'Etat de se saisir du sujet" estime l'élu.

La salle commune du refuge
La salle commune du refuge © Radio France / Rémi Brancato

Le "refuge solidaire" reconnaît que les lieux ne sont pas adaptés et dit avoir demandé depuis des années d'autres locaux. "Tant qu'on n'aura pas d'autre lieu, on restera" lâche Philippe Wyon. "Si le refuge ferme, il y aura des personnes à la rue et quand on est à la rue et qu'on a faim, on va voler donc cela va créer des tensions" se désole Pauline Rey.

Des maraudes près de la frontière italienne

Les associations qui travaillent avec le refuge soulignent aussi son utilité pour la prise en charge sanitaire des personnes, en grande fragilité, qui y transitent. "Depuis plusieurs semaines, ce sont surtout des familles, des femmes enceintes ou avec des nourrissons qui arrivent et elles doivent avoir un accès au soins, un suivi particulier" avance Pamela Palvadeau, en charge des migrations transalpines pour Médecins du Monde, qui assure une permanence de soins au refuge, en alternance avec une équipe de l'hôpital de Briançon. 

Pour les associations de soutien aux migrants, que le refuge ferme ou non, les passages ne vont pas se tarir. Depuis juin, qui a vu 106 personnes arriver, leur nombre explose, avec, en août, 355 arrivées au refuge. 

"Cet été on a ramené des familles avec des enfants, parfois nés sur la route, d'Iran ou d'Afghanistan" témoigne Michel Rousseau, membre de l'association Tous Migrants, au col de Montgenèvre, un des lieux de passage à 1800 mètres d'altitude. Ici, lui et les autres militants organisent des maraudes pour venir en aide aux exilés. "Les chemins sont très raides, très escarpés" témoigne-t-il. 

Michel Rousseau, de l'association Tous Migrants, au col de Montgenèvre, lieu de passage des migrants venus d'Italie, à 10 kms de Briançon
Michel Rousseau, de l'association Tous Migrants, au col de Montgenèvre, lieu de passage des migrants venus d'Italie, à 10 kms de Briançon © Radio France / Rémi Brancato

"En hiver, tous les soirs on ramène des gens dans un état d’hypothermie légère à 33 ou 34 degrés" abonde Agnés Antoine, une autre militante : "Si le refuge ferme, et qu'une personne à 33 degrés reste à la rue, le matin on ne retrouvera que son cadavre".

Une pétition et des personnalités en soutien

Pour eux, le refuge est d'autant plus nécessaire que le profil des migrants a évolué. Depuis le début de l'année, ils constatent moins d'arrivée d'hommes seuls d'Afrique de l'Ouest et une augmentation du nombre de familles, iraniennes ou afghanes. "Je peux vous dire que le regard des enfants, c'est terrible" témoigne Michel Rousseau.

La semaine dernière, des bénévoles ont ouvert leur porte pour héberger les migrants, comme avant l'ouverture du refuge, car le préfet avait interdit l'accueil de nouvelles personnes dans les locaux, où trois cas de Covid avaient été détectées. "Au pire, on hébergera encore les gens chez nous" lâche Michel. Mais les militants se mobilisent surtout pour garder le refuge ouvert, avec une pétition et une tribune, signée par de nombreuses personnalités.

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