Dernière étape de notre série de zooms de l'été à la rencontre de trois générations d'habitants de quartiers populaires. Episode 5 : La Source, quartier d'Orléans, 20.000 habitants où l'on s'intéresse à la question de "vivre ensemble".

La Source, 22.000 habitants, est le quartier le plus vaste d'Orléans. Il est desservi depuis le centre-ville par le tramway, avec notamment l'université.
La Source, 22.000 habitants, est le quartier le plus vaste d'Orléans. Il est desservi depuis le centre-ville par le tramway, avec notamment l'université. © Radio France / Claire Chaudière

L'attachement de Mohamed, aujourd'hui 70 ans, à son quartier est double. Non seulement il y a vécu près d'un demi-siècle. Il y a tissé de nombreux liens humains. Mais il a aussi participé à faire sortir de terre tous ces grands bâtiments : "C'est nous les immigrés qui avons construit tout ça, notamment les infrastructures, les parkings, les routes. Moi j'étais conducteur de niveleuse. La Source c'était le paradis... "

Il y avait des Français parmi nos voisins. On allait boire le café. On était comme des frères ! Ils sont où maintenant , tous? Ils ont disparu. Et à leur place, je ne sais pas pourquoi, on n'a mis que des maghrébins. Ils mettent tous les immigrés ensemble.

Mohamed, arrivé du Maroc à la fin des années 60, a travaillé dans le BTP. "Ici, c'était le paradis".
Mohamed, arrivé du Maroc à la fin des années 60, a travaillé dans le BTP. "Ici, c'était le paradis". © Radio France / Claire Chaudière

L'urbanisme pour "refaire société" ?

En 40 ans, le quartier a été transfiguré. Après des années de délabrement, la rénovation urbaine a redonné un coup de jeune à La Source. Saïd y est arrivé lorsqu'il avait 10 ans. Il en est parti il y a quelques années mais continue d'y travailler. Il a longtemps vécu à Camille Flammarion l'une des zones les plus dures, dit-il, mais ce nom là n'existe plus aujourd'hui. "Avec la rénovation on a changé les noms de certaines rues, comme pour changer le cours de l'histoire, l'image en tout cas de ces endroits, et attirer d'autres populations. Mais ça n'a pas vraiment fonctionné".

C'est pour ça que je suis finalement parti du quartier. Si les enfants ne peuvent pas rencontrer d'autres personnes, d'autres cultures, d'autres religions, ce quartier va à sa perte ! Il y a un enfermement qui se ressent, à l'école, dans les clubs de sports. J'ai voulu plus d'ouverture pour ma famille.

Classes moyennes issues du quartier 

Après son mariage, ce trentenaire, également prénommé Mohamed, a déménagé, tout en restant à l'intérieur du quartier, pour rester près du reste de sa famille et « agir » auprès des jeunes de La Source.
Après son mariage, ce trentenaire, également prénommé Mohamed, a déménagé, tout en restant à l'intérieur du quartier, pour rester près du reste de sa famille et « agir » auprès des jeunes de La Source. © Radio France / Claire Chaudière

Lui vient de terminer sa journée de travail, à bord de son camion de fonction. Ce trentenaire, technicien de maintenance sur plusieurs sites de la ville, vient de déménager également, mais à l'intérieur du quartier. Pour le jeune Mohamed, ce sont justement les profils de classes moyennes issues du quartier qui ne doivent pas partir. Elle ont selon lui "une véritable responsabilité" d'éviter que le malaise ne s'amplifie. Malaise palpable auprès des jeunes.

Il n'y a plus ce mix social, que j'ai un peu connu étant petit. Aujourd'hui les gens ne vivent plus ensemble. Et on demande sans cesse aux jeunes de faire la preuve de leur appartenance à la nation française, en reniant leurs origines. C'est impossible ! La défiance monte. Mais à nous d'apaiser ce climat, de leur montrer l'exemple. A nous d'écrire l'histoire que nos parents et nos grands frères ont démarré. 

Rester ou partir. Ses meilleurs amis se sont presque tous posé la question assure le Mohamed. Certains habitent une petite ville à seulement quelques kilomètres. Mais ils reviennent sans cesse, sourit-il, parfois plusieurs fois par jour, à La Source.  

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