Hier, 600 travailleurs sans papier, grévistes, ont déposé des dossiers de demande de régularisation en préfecture. Ils sauront début mai ce qu’il en est. Dans ce conflit des salariés sans papiers, il y a des voix, que l'on n'a pas entendues, celles des femmes, des travailleuses invisibles et plus fragiles car isolées. Elles travaillent à domicile, chez des particuliers, loin de l'influence et de l'appui d'un syndicat dans une entreprise. Car la majorité d'entre elles travaillent dans les services à la personne. C'est le ménage, le repassage, la garde d'enfants. Elles s'occupent des personnes âgées. Elles seraient des milliers dans ce cas là, même si, par définition, aucun chiffre n'existe. Peut-être donc des milliers comme Lisa. Elle a 33 ans. Elle est venue il y a 6 ans de Moldavie. Elle est arrivée en France SEULE, et c'est le cas de beaucoup de femmes dans sa situtation. Pour Lisa, son métier c'est avant tout du lien social, convaincue qu'elle apporte beaucoup aux gens qui l'ont employée (interview). Isolées, il est difficile de se faire entendre. Le message qu'elles essaient de faire passer, c'est le besoin de main d'oeuvre dans le secteur des services à la personne. Et ça s'explique par les chiffres, cette fois : 1er taux de natalité en Europe, la France ; l’un des meilleurs taux européen d'activité chez les femmes ; et comme tous nos voisins, nous vivons de plus en plus vieux et souvent loin de nos proches. Cela dit, c'est aussi un secteur dans lequel il est difficile de créer un mouvement, explique Ana Azaria de l'organisation « Femmes Solidarité » (interview). Pas de chiffre officiel non plus sur les conditions dans lesquelles ces femmes travaillent chez les particulier. Mais il semblerait que la plupart ne travaille pas avec des faux papiers, comme c'est le cas pour les hommes, dans les entreprises de BTP, dans les restaurants, qui ont de faux numéros de sécurité sociale. Elles sont payées au noir - ça veut dire sans contrat, ni feuille des salaires, sans payer de cotisations. Alors quel document peut leur apporter un espoir de régularisation ? Celui que Nadia a obtenu hier, auprès de ses employeurs : 6 lignes sur une feuille blanche, qui résument 4 années de travail pour la même famille, plutot aisée, qui vit dans l'ouest de Paris, et qui est prête à s'engager pour garder Nadia, la nounou (interview). Nous avons essayé de donner la parole à quelques uns de ces employeurs, mais visiblement, l'engagement devant un micro est plus compliqué que par écrit. Cela dit, ces particuliers comme le patron de Nadia, il faut croire, tout de même, qu'il y a en d'autres. Gracieuse Lessaffre milite à "Droits Devant !" et c'est elle qui s'occupe des travailleuses sans papiers (interview). Récemment, la CGT a décidé de prendre en charge les demandes de ces femmes. Les dossiers d'au moins une soixantaine d'entre elles sont en train d'être constitués, pour être envoyés au plus vite en préfecture. Une enquête de Vanessa Descouraux.

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