Les habitants d Erevan se préparent aux celebrations du centenaire du genocide arménien
Les habitants d Erevan se préparent aux celebrations du centenaire du genocide arménien © Wostock Press/MaxPPP

L’Arménie est en deuil aujourd’hui : elle commémore le centième anniversaire du génocide. Entre 1915 et 1917, plus d’un million et demi d'Arméniens ont été massacrés sur ordre des autorités ottomanes. 100 ans plus tard, ce génocide n’est toujours pas reconnu par le pouvoir turc. Arménie et Turquie sont séparées par une frontière fermée, protégée par les barbelés. Et les plaies des Arméniens restent à vif.

Svetana et Sergueï ont 16 ans. Ils n’ont pas connu les survivants de 1915 et n’ont jamais vécu sur leurs terres. Mais ils sont comme hantés, encore aujourd’hui, par leur histoire. Sergueï témoigne :

Moi, je veux que le génocide soit reconnu. Je suis pour la réconciliation, mais je ne pense pas qu’en une année, on va changer les Turcs. Ils sont Turcs et resteront Turcs. En fait, je ne souhaite pas que la frontière soit ouverte. La situation de l’Arménie pourrait empirer... Le génocide pourrait se répéter. Excusez-moi mais les Turcs sont des salauds. Ils nous ont fait croire qu’ils étaient nos amis. Ils sont mauvais, envieux.

Et Svetana de surenchérir : "Les Turcs ne vont pas changer parce que les enfants naissent anti Arméniens. C’est une nation capable de vous poignarder dans le dos".

Sahakyan Alvorde est directrice d'école. Ses grands parents ont survécu aux tueries de 1915 :

Il y a 25 ans que j’essaye de faire sortir la haine contre les Trucs que j’ai en moi. Je suis née avec. Quand je parle du génocide à mes élèves, je vois bien qu’ils sont durs. Je ne suis pas d’accord avec eux. Je leur raconte comment des Turcs aujourd’hui demandent à leurs autorités de reconnaître le malheur de l’Arménie.

Témoigner pour ne pas oublier

En 1920, l'Arménie devient une république soviétique. Et à l'époque, parler des exécutions massives de cette époque, de la déportation de millions de personnes vers le désert de Syrie, des camps de concentration n’est pas encouragé par le pouvoir central. Jusqu'à ce 24 avril 1965 : 100.000 personnes descendent dans les rues d’Erevan et réclament la reconnaissance du génocide. Deux ans plus tard, un mémorial en basalte et granit gris, massif, naît sur une colline de la ville.

► ► ► ÉCOUTER | Centenaire du génocide des Arméniens : le 7/9 en direct d'Erevan

Ce mémorial battu par les vents accueillera ce vendredi les chefs d’État, les personnalités et les anonymes. Sur le chemin qui y mène, des hauts-parleurs chantent des airs tristes. En haut, un vieil homme, l’architecte Sashur Kalashian, l’un de ses bâtisseurs :

L’idée de départ était d’exprimer le génocide. La partie centrale avec la flamme éternelle représente le deuil, les victimes. La tour de 44 mètres symbolise la renaissance du peuple arménien. Lors de l’inauguration, la foule ressentait enfin le fardeau de l’histoire. Les gens s’approchaient, déposaient des fleurs, priaient. Et s’en allait avec l’impression d’avoir payé une dette.

Le monument érigé, il fallait encore recueillir et regrouper les témoignages. Une femme, la chercheuse Verginé Zvasilyan a passé une partie de sa vie à collecter 700 témoignages. Elle est prise d’une grande tristesse en constatant que, malgré ces preuves, la Turquie persiste dans son déni :

Quand la Première guerre mondiale commence, en 1914, le gouvernement confisque les armes des Arméniens. Même les couteaux de cuisine, pour qu’ils ne puissent pas se révolter ! C’était planifié ! C’était programmé !

Aujourd'hui, le génocide est reconnu par les parlements de nombreux États, dont la France, la Russie, le Canada ou encore par le parlement européen.

Le génocide arménien
Le génocide arménien © Radio France
L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.