Le gouvernement a renoncé au projet d'aéroport en janvier. Presque un an après, notre reporter Béatrice Dugué est allée à la rencontre de ceux qui ne sont pas partis. Ils continuent à lutter, au même endroit mais sur un champ de bataille bien différent.

Lieu dit Liminbout
Lieu dit Liminbout © Radio France / Béatrice Dugué

Le 9 avril dernier, alors que la Préfecture dit vouloir vider les squats de la ZAD, les "Cent noms", une ferme emblématique qui fédère les défenseurs de la zone, est détruite par les gendarmes mobiles.

Quelques mois plus tard, nous voici devant une boîte aux lettres qui indique : "Cent Noms 2". Le collectif s'est déplacé au Liminbout, dans une ferme abandonnée, avec hangar, à quelques kilomètres de la ferme qui a été détruite. "Un mois après notre expulsion, on a eu l'opportunité de rouvrir un nouveau squat sur la ZAD", explique Michel. "La dernière maison qui restait vide et disponible était réservée pour accueillir un groupe pour les activités agricoles. Ce qu'on était exactement."

Car Michel et ses six compagnons poursuivent des activités variées : gestion de la forêt, atelier de poterie, conserverie, fabrication de galettes avec la farine du sarrasin cultivé sur la ZAD.

Sarah, ingénieur agronome, technicienne d'élevage, fait elle partie du "groupe moutons" qui a dû trouver en urgence des terres où faire paître les brebis après l'évacuation. "La difficulté, c'est que les terres sont à cinq kilomètres du bâtiment. Étrangement, on a quand même maintenu le projet, et on l'a même fait grandir avec les objectifs qu'on s'était fixés avant de se faire expulser. On a 70 brebis, notre objectif c'est d'en avoir 80. On a réussi à aménager une bergerie. On se projette à long terme, on construit des choses. Les gens sont en train aussi de penser des projets plus professionnels, des projets de vie, etc. Donc la période est très constructive, même si elle est difficile".

Bergerie des Cent noms 2
Bergerie des Cent noms 2 © Radio France / Béatrice Dugué

"Faire le deuil de ceux qui sont partis"

Camille s'occupe aussi de permaculture, au Collectif du moulin, et elle écrit. Sa vie, elle ne la voit pas ailleurs, même si la ZAD a changé depuis le printemps. "C'est aussi un deuil de ce qu'on a perdu : les cabanes dans la forêt... C'est vrai que c'était beaucoup plus désordonné et chaotique, il y avait un côté un peu magique des bois de l'Est, il y a plein de choses qui ne sont plus. Des gens qui sont partis, des énergies. Après, les choses meurent pour renaître. Mais quand même, il y a la brûlure, c'est difficile de guérir, il faut du temps."

200 habitants sont actuellement suspendus aux baux ruraux que le conseil départemental doit formaliser au printemps, alors que 140 hectares sont alloués, pour l'instant, à la quinzaine de projets déposés par les Zadistes en Préfecture. 

Une incertitude pesante pour Sarah. "En fait, on nous demande un peu l'impossible : il faut à la fois prouver que nos projets sont sérieux, qu'ils existent, qu'ils se développent et en même temps on n'a aucune sécurité, des capacités d'investissement qui restent très limitées à cause de l'insécurité dans laquelle nous sommes."

Je pense que ce qui nous séduit ici, c'est vraiment le partage qu'on a entre tous les usagers, l'envie de faire du collectif à des échelles qu'on ne voit pas ailleurs et puis le lien qu'on a tissé avec tous les gens qui appartiennent à ce mouvement, et tous les gens qui sont en lutte aujourd'hui.

Michel explique : "En fait, on a déplacé la lutte du terrain militaire au terrain de la négociation administrative. Il a fallu étudier les statuts, le droit de l'urbanisme forestier, agricole, se lancer dans des procédures légale d'installation agricole. Après, il y a quand même un risque, c'est que le cadre n'a pas été fait pour ce comportement, politiquement. Mais on n'est pas isolés, on est assez forts, et affronter le cadre, ça peut aussi tordre un peu le cadre."

Paysage autour des Cent noms
Paysage autour des Cent noms © Radio France / Béatrice Dugué

Les Zadistes viennent de lancer un Fond de dotation baptisé "la Terre en Commun" pour pouvoir acheter les terres en propriété collective. Ils continuent à refuser toute agriculture industrialisée dans cette zone. Le département promet lui de veiller sur la singularité du bocage.

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