A Pierrefitte-sur-Seine, un programme de démolition urbaine de la cité des Poètes est suspendu depuis novembre par le tribunal administratif de Montreuil. Une association d’architectes a saisi la justice car elle s'oppose à la destruction de cette architecture remarquable. Le quartier est pourtant complètement délabré. Sa réhabilitation par l’ANRU, l’agence nationale de rénovation urbaine, est estimée à 180 millions d'euros. Cette histoire pose la question de l'héritage de l'architectecture sociale des années 80. Epoque où les urbanistes ont beaucoup innové, expérimenté avec souvent un réel souci de la qualité de vie. Ici par exemple, pas de grandes barres d'immeuble C'est un ensemble urbain à taille humaine au style mauresque, lumineux,il y a des terrasses avec jardins en cascade. Beau certes mais pas fonctionnel d'après Nourrdine Abdou. Il préside une association de résidents qui milite pour la destruction de la cité (interview). C'est une cité qui a seulement une vingtaine d'années. Mais dès les premières temps, selon des habitants, on a constaté des malfaçons, des infiltrations d'eau, et puis la cité des poètes est aussi un lieu de revente de drogues très connu en Seine-St-Denis. Tout cela fait que la situation serait invivable. Autre son de cloche chez les architectes. Eux assurent avoir également les soutiens de centaines d'habitants. Ces derniers souhaitent préserver et réhabiliter je cite « cette oeuvre majeure et ses logements sociaux extraordinaires ». Agnes Caillau est membre de l'association DO CO MO MO le collectif pour la préservation du patrimoine qui a fait suspendre les travaux (interview). « Ces architectes parisiens sont à côté de la réalité ». « Nous, on n’est pas des cobayes », répondent les habitants. On retrouve leur porte-parole Nourdeine Abdou (interview). On en est là. Ce lieu qui a, c'est vrai, une mémoire, devait être il y a 20 ans une référence de l'architecture moderne. Mais les temps ont bien changé, estime le maire de Pierrefitte, Michel Fourcade (interview). Le projet ANRU en question, c'est un financement de l'état inespéré pour la ville de Pierrefitte. Il prévoit la reconstruction de 360 logements sociaux, la réhabilitation de l'école, d'un centre social et d'un gymnase. Ce serait donc la fin d'un guetho insalubre pour la municipalité. Un crime artistique pour bon nombre d'architectes, d'historiens, d'urbanistes. C'est à la justice de dire maintenant si cette exemple d'architecture contemporaine miné par les échecs des différentes politiques sociales mérite d'être préservé. Réponse du tribunal administratif dans quelques jours. _____Un reportage de Nasser Madji.

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