Soldats égyptiens affectés au maintien de l'ordre
Soldats égyptiens affectés au maintien de l'ordre © REUTERS/Al Youm Al Saabi

L’Egypte célèbre aujourd'hui vendredi les trois ans de sa révolution qui a conduit au départ d’Hosni Moubarak. Trois ans plus tard, l’armée a repris les choses en main, elle a mis en place un gouvernement civil, mais les méthodes répressives du nouveau pouvoir inquiètent. C’est en fait le retour de l’état policier.

Exemple de ces nouvelles-anciennes méthode : ces dix étudiants, attablés à la terrasse d’une café au Caire, ils parlent politique. L’un de ces jeunes a une canette de gaz lacrymogène vide à la main. Un appel anonyme est passé par quelqu’un du café qui les accuse de préparer un attentat. Les dix étudiants sont arrêtés. Ils sont en prison depuis un mois et demi.

Des histoires comme celles-ci illustrent le climat sécuritaire du moment qui encourage la délation -la police a ouvert une ligne de téléphone pour dénoncer les comportements suspects- et où les voix discordantes doivent se taire.

Une source officieuse parle de 20 000 arrestations depuis l’arrivée du nouveau pouvoir

Mokhtar Mounir est l’avocat des dix étudiants. Il milite aussi au comité de défense des manifestants

L'un des jeunes révolutionnaires a été dénoncé par sa mère

Le pouvoir justifie cette vague de répression par la lutte contre le terrorisme

Depuis quelques semaines, les frères musulmans sont considérés comme une organisation terroriste et donc la lutte contre le terrorisme justifie tout.

Il y a deux jours, par exemple, on a appris qu’un universitaire était accusé d’espionnage et d’être proche des Frères musulmans. Ce professeur est en réalité une figure respectée, qui a toujours dénoncé les pouvoirs extravagants de l’armée.

En Egypte aujourd'hui, penser autrement c’est une épreuve au quotidien.

Nayera est une activiste, elle a été de tous les combats ces trois dernières années, le climat actuel dépasse tout ce qu’elle a déjà affronté.

C'est pire que sous Moubarak

Pour contrôler toute contestation, une nouvelle loi sur les manifestations a été adoptée. Elle veut précisément limiter les rassemblements. Une autre loi inquiète les défenseurs des droits de l’Homme, celle qui vise à empêcher les ONG de travailler librement.

Ce contexte législatif n’est pas anodin selon Yasmine Farouk, professeur de sciences politiques à l’université du Caire.

Retour à la case départ

Dans les medias, ces derniers jours, la révolution du 25 janvier 2011 est souvent dénigrée, salie. Et dans le même temps, on assiste à un retour progressif des felouls, c’est comme ça qu’on appelle les nostalgique de Moubarak..

Madgi El Dakak est l’ancien porte parole du PND, le parti de Moubarak, après presque trois ans de silence et de discrétion, il revient peu à peu sur la scène médiatique, il devrait lancer bientôt son propre journal.

La vérité apparait : c'était un complot étranger contre le pays

Le complot venu de l’étranger, ce sont les journalistes d’Al-Jazeera qui en paient le pris fort

Quatre reporters de la chaîne Al-Jazeera sont détenus, l’un d’eux depuis six mois, les trois autres depuis un mois. On leur reproche de travailler pour la chaine du Qatar, alors que Doha a porté à bout de bras les frères musulmans.

En revanche, les autorités sont plus permissives quand un éditorialiste égyptien incite à la haine des étrangers sur un plateau de télévision. Récemment, et en toute impunité, il a appelé à tuer les américains, chez eux ou dans la rue.

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