Et si, à l'avenir, on s'éclairait grâce à des éoliennes flottantes, installées au large de nos côtes ? Des industriels tentent de créer une filière française dans ce domaine.

Chantier de construction, à Saint-Nazaire, de la première éolienne en mer de France
Chantier de construction, à Saint-Nazaire, de la première éolienne en mer de France © Maxppp / Franck Dubray

Une éolienne flottante devrait être installée cette année au large du Croisic, en Loire-Atlantique. Ce sera d'ailleurs l'une des premières au monde à être testées… En ce moment, à Saint-Nazaire, on construit des paquebots, et à quelques encablures des chantiers navals, on construit aussi une éolienne flottante. Des dizaines d'ouvriers s'affairent pour bâtir le flotteur de ce moulin à vent, un immense anneau de béton.

La structure fait à peu près 36x36 mètres de côté, 9,5 mètres de haut et plusieurs milliers de tonnes en fin de construction. Pour la faire flotter malgré tout, c'est simple : "il suffit d'y faire assez de trous", explique Nicolas Jestins, directeur commercial de Bouygues. "C'est comme un bateau, il est en acier mais il est creux. Là c'est pareil, on a un objet qui certes est en béton mais qui a une section creuse et qui va créer de la poussée d'Archimède."

Une éolienne qui flotte comme une bouée, alors que d'habitude une éolienne en mer est posée, fixée au fond de l'eau comme un phare. "L'intérêt, c'est de pouvoir s'affranchir de la profondeur", précise Paul de la Guérivière, PDG d'Idéol (coordinateur de ce projet). "Derrière, on peut donc développer des sites plus loin des côtes, avec moins d'impact visuel, et moins d'impact sur les autres usagers de la mer. On va également pouvoir disposer de sites qui ont de meilleurs gisements en vent. Aujourd'hui, des projets d'éoliens en mer en Méditerranée permettent de produire plus de 50 % du temps, pour une éolienne à terre, c'est 25 %."

Le tout, loin de la vue des riverains qui bloquent systématiquement les projets d'éoliennes fixées le long du littoral.

La première éolienne en mer à produire de l'électricité sera une éolienne flottante

Elle va être remorquée au large du Croisic, dans un site d'essais unique en France, celui de l’École centrale de Nantes. On appelle cela un démonstrateur en mer : il n'en existe que sept au monde. Et dans ce périmètre de 1 km² en mer, l'éolienne va subir une batterie de tests.

Arnaud Poitou, directeur de Centrale, détaille tout ce qu'elle va subir : "On va tester la résistance mécanique des ancrages, la stabilité de la plateforme, sa capacité aussi à résister à des tempêtes. C'est passionnant pour des étudiants d'être confrontés à la réalité de l'ingénierie. In fine, il y a toujours un élément auquel on n'avait pas pensé. Par exemple, il y a des moules par exemple qui viennent sur un câble : ça fait partie de la réalité."

Ce site d'essai en mer est raccordé par un câble haute tension qui va au Croisic. Et si tout va bien, l'énergie produite par l'éolienne fournira de l'électricité pour 2500 à 5000 foyers.

Et au-delà de l'expérience ?

L'éolien flottant peut-il aller plus loin que le stade expérimental ? C'est toute la question. Pour l'instant, quatre fermes pilotes (donc expérimentales) sont prévues : au large de Groix en Bretagne et en Méditerranée, en face de Narbonne et de Fos-sur-Mer.

La région de la Loire soutient la filière. Sébastien Pilar, vice président en charge de l'économie maritime : "L'éolien flottant, tous les experts disent que c'est la filière de demain pour les éoliennes offshore. En France, on a eu beaucoup de retard sur le posé, et il faut prendre ce virage. La France a la deuxième surface maritime du monde et nous devons être un leader sur ce sujet car on parle de nos emplois de demain."

Les services de l'État cartographient déjà les sites possibles d'implantation d'éoliennes flottantes. Si l'éolien flottant se développe, toute la question sera de trouver un mode de cohabitation entre ce nouvel engin et les autres usagers de la mer.

Christian Berhault, directeur du site d’essai de l’école centrale de Nantes :

Identifier des zones propices, c'est trouver des endroits où il y a du vent, là où il y a de la ressource mais aussi là où il y a le moins d'impact possible. Les service de l'État mènent les études de cumul des autres usages, de l'impact environnemental, la distance à la côte, les possibilités de raccordement... C'est un sujet qu'on fait aujourd'hui avec les autres usagers surtout les pêcheurs, savoir comment on gère l'éolien flottant vis à vis de la pêche par exemple.

Les promoteurs des éoliennes flottantes attendent maintenant le vrai coup d’envoi de l’éolien flottant en France : que le gouvernement lance des appels d'offre pour des parcs commerciaux... D’après le syndicat des énergies renouvelables (le SER), l’éolien flottant a un potentiel de six gigawatt en 2030, l’équivalent (si l’on tient compte de l’intermittence d’une éolienne) de trois réacteurs nucléaires.

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