Quelques jours à peine après l’annonce d’un accord entre la Birmanie et le Bangladesh sur le sort des Rohingyas, la vie des réfugiés reste inchangée : dans l'insalubrité et la misère, la perspective d'un retour, même partiel, reste improbable. Reportage dans le camp de Barma Para.

Le camp de réfugiés Ronhingyas de Barma Para, près de la station balnéaire de Cox's Bazar au Bangladesh
Le camp de réfugiés Ronhingyas de Barma Para, près de la station balnéaire de Cox's Bazar au Bangladesh © Sandra Conan

Il y a ce bébé, orphelin, adopté par une femme violée.

Il y a cet enfant de 4 ans, qui, lorsqu’il aperçoit un étranger, éclate en sanglots car il pense que c’est un militaire birman.

Il y a cet adolescent qui montre d’une manière frénétique des photos de décapitation sur son téléphone.

Il y a ce vieil homme qui se lave près d’un puits dont l’eau est reliée directement aux toilettes.

Au milieu des collines transformées en favela, tous et toutes ont du mal à croire qu’ils pourront un jour rentrer chez eux. Car en Birmanie, de l'autre côté de la frontière, les violences se poursuivent.

Fatima a 30 ans. Elle vient de rejoindre le camp de Barma Para, au Bangladesh. Lorsqu’elle nous raconte ce qu’elle a vécu récemment, les dizaines de réfugiés qui sont autour d’elle se figent.

Ils nous disaient : "Vous êtes chanceux, on ne vous a pas tués. Alors partez dans la jeungle, on vous a construit des camps."

Survivre en coupant du bois dans des collines qui abritaient encore il y a quelques mois des éléphants… Survivre en transportant sur la tête des sacs de riz distribués par les ONG… Survivre en essayant de comprendre les raisons de ce génocide.

Pour les centaines de milliers de réfugiés entassés, la survie dépend des vivres livrées par les ONG.
Pour les centaines de milliers de réfugiés entassés, la survie dépend des vivres livrées par les ONG. / Sandra Conan

Abdul Fas est l'un des responsables du camp, et quand on lui parle de l’accord de rapatriement…

C'est une blague ! Comment pourrait-on rentrer ? La junte va encore nous tuer. Notre région a beaucoup de ressources naturelles. C'est pour ça qu'elle est précieuse pour eux. Notre retour dépend maintenant des Nations unies.

Il poursuit : "Le seul moyen de rentrer serait que la Birmanie nous assure la sécurité et nous donne la citoyenneté." Les Rohingyas forment en effet la plus grande population apatride au monde depuis 1982.

Ici, 1 réfugié sur 2 est un enfant

Une question qui se pose notamment pour les enfants, omniprésents. Des enfants qui jouent avec un cerf volant fait d’un bout de bois et d’un sac plastique pieds nus dans la brume au milieu des rizières.

Que vont-ils devenir ? Comment peut-on grandir sans nationalité, loin de ses racines ?

Dans le camp de Barma Para, 50% des 250 000 réfugiés sont des enfants. Une ONG leur dispense des cours dans des espaces réservés.
Dans le camp de Barma Para, 50% des 250 000 réfugiés sont des enfants. Une ONG leur dispense des cours dans des espaces réservés. / Sandra Conan

Dans un des espaces réservés aux enfants, créé par l’ONG Vision du monde, Muhammad Rafik, 10 ans, apprend l’alphabet en anglais.

Je préfère mourir ici au Bangladesh plutôt que retourner en Birmanie. Ils ont tué mon père. Ce sont des assassins. Si un jour je reviens là bas, je les tuerai moi aussi.

L'impossible retour, toujours

Le Bangladesh vient déjà d’annoncer que le rapatriement des Rohingyas, qui devait commencer hier, ne débutera pas dans les délais prévus.

Fiona Mac Gregor est la porte-parole de l’Office international pour les migrations (OIM) sur les camps de Cox’s Bazar :

On ne peut pas demander aux Rohingyas de quitter des camps au Bangladesh pour les remettre dans des camps en Birmanie, sans liberté de mouvement.

En attendant, l’urgence pour l’OIM, c’est de préparer l’arrivée de la saison des pluies dans deux mois…

Avec des dizaines de milliers de cabanes construites en terrasse dans des collines sur plusieurs kilomètres, toutes les ONG s’attendent à un désastre.

Images : Sandra Conan

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