Cette semaine, France Inter vous propose de découvrir les relations entre État et religions à l'étranger. Direction l'Allemagne pour la première étape.

Église Saint-Nicolas à Berlin.
Église Saint-Nicolas à Berlin. © AFP / JOHN MACDOUGALL

"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances". Voici l'article I de la Constitution française. Et à l'étranger ? Quelles sont par exemple les relations entre l'État allemands et les religions ?

Le contribuable mis à contribution

En Allemagne, les églises sont financées par le contribuable. Catholiques ou protestants, tous les Chrétiens baptisés sont soumis à l’impôt sur le culte : le Kirchensteuer. C'est une taxe d’environ 9% de l’impôt sur le revenu, prélevée par le fisc pour financer les Églises. Ce système est inscrit dans la loi fondamentale, il garantit un certain confort matériel aux institutions religieuses, qui perçoivent environ onze milliards d’euros par an.

"Les Églises ont davantage de responsabilités en Allemagne par rapport à d’autres pays où la séparation avec l’État est plus franche. Nous avons un contrat à remplir, la puissance publique attend donc de nous une contrepartie", explique Thomas Franken, juriste et administrateur de l’Église évangélique allemande à Berlin. "Les deux tiers de l’impôt sur le culte vont directement aux paroisses, qui interviennent dans de nombreux domaines comme l’éducation, la petite enfance - beaucoup ont leur propre crèche, mais aussi l’aide aux personnes âgées. Tout cela fait partie de notre mission", ajoute-t-il.

Maisons de retraites, hôpitaux, foyers pour sans-abri : la mission sociale de l’État allemand est donc en partie assumée par les Églises, qui gèrent des dizaines de milliers de structures. Les œuvres caritatives catholiques et protestantes - Caritas et Diakonie - emploient à elles seules plus d’un million de salariés en Allemagne.

Un rôle capital pour gérer la crise des réfugiés

En pleine crise des réfugiés, les Églises ont donc un rôle à jouer. Par exemple, l'église protestante Saint-Siméon à Berlin est devenue, depuis deux ans, un point de rendez-vous pour de nombreux demandeurs d’asile, elle a d'ailleurs été rebaptisée l’église des réfugiés. Plusieurs centaines d’entre eux viennent ici chaque semaine comme dans un centre social.

"Nous sommes un lieu de rencontre avant tout. Les migrants peuvent venir ici pour être renseignés, sur le droit d’asile par exemple. Nous proposons aussi une aide médicale avec des médecins bénévoles", détaille Susanne Maur-Fritz, l’intendante de cette structure. "Nous faisons aussi de la formation – c’est un élément fondamental pour l’église luthérienne. Il y a des cours d’allemand et des cours d’alphabétisation, car certains arrivent en Allemagne sans même savoir lire ou écrire leur langue maternelle".

"Les Églises s'engagent au-delà de ce qu'elles devraient faire" - Edwige, bénévole française à Berlin.

Parmi les bénévoles, Edwige, une Française installée à Berlin depuis plus de 20 ans. Pour elle "sans l'Église, l'Allemagne n'y serait certainement pas arrivée parce que l'État au départ n'a pas vraiment compris ce qui se passait. L'Église a vraiment accueilli les premiers réfugiés, et c'est au fur et à mesure que l'État a commencé à mettre des structures en place pour vraiment les accueillir et les encadrer. Les Églises s'engagent au-delà de ce qu'elles devraient faire".

En Allemagne, les Églises riches et puissantes sont donc capables de pallier les carences des pouvoirs publics et de mobiliser un grand nombre de bénévoles. Ce système allemand s’est révélé particulièrement utile pour l’accueil des réfugiés, comme à chaque grande crise humanitaire en Allemagne, que ce soit après la seconde guerre mondiale ou au moment de la réunification.

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