Elles sont jeunes, parfois juste majeures, et partout dans le monde elles bousculent le jeu. Aujourd'hui, portrait de Madeleina Kay, 26 ans, Anglaise, écrivaine, peintre, musicienne et égérie du mouvement anti-Brexit.

Madeleina Kay, l'égérie du mouvement anti-Brexit.
Madeleina Kay, l'égérie du mouvement anti-Brexit. © Maxppp / STEPHANIE LECOCQEFE Newscom MaxPPP

C’est sous les toits, au dernier étage de la petite maison qu’elle partage avec son père dans la banlieue de Sheffield, que Madeleina Kay continue à écrire et à peindre. Dans une chambre pleine de drapeaux européens, où les peluches d’enfant côtoient les piles d’autocollants anti-Brexit. Une pièce avec des pinceaux et des tubes de couleur par terre et des dizaines de toiles sur les murs. La dernière est à peine sèche. C’est un portrait, cubiste, aux couleurs vives d’un "exilé", un homme qui a quitté le Royaume-Uni à cause de la sortie de l’Union européenne. "Un spécialiste du climat", explique Madeleina Kay :

Il est parti à Nice, dans le sud de la France, parce qu’il faisait face à des attaques racistes, ici, à cause de ses origines ethniques, et du vote pour le Brexit.

Il n’est pas le seul : pour préparer sa prochaine exposition, "l’artiste-activiste", comme elle se définit elle-même, a contacté un ressortissant de chaque pays de l’Union qui a décidé de rentrer chez lui et elle prépare une mosaïque de portraits. "J’essaie de garder une trace de ce qui est en train de se passer, dit-elle, parce que j’ai arrêté mes études pour faire campagne – pendant quatre ans – contre la sortie de l’Union européenne, mais ce n’est plus possible d’arrêter le Brexit. Tout ce qu’on peut faire, c’est s’asseoir et regarder l’accident se produire." 

Madeleina Kay se définit elle-même comme une "artiste-activiste".
Madeleina Kay se définit elle-même comme une "artiste-activiste". © Radio France / Antoine Giniaux

Militante par dépit

Impliquée dans des projets sociaux et écologistes à Sheffield, c’est en 2016 qu’elle bascule dans le militantisme. Par dépit, par colère, à cause du manque de participation des jeunes au référendum sur le Brexit, elle laisse de côté son cursus universitaire au département d’architecture de l’université, pour écrire des chansons, dessiner des images satiriques et manifester dans les rues. 

Accroché à coté de la porte de sa chambre, le costume de Superwoman, qui a fait d’elle un personnage incontournable de la vie politique britannique, est d’ailleurs toujours là : jupe et cape rouge, justaucorps constellé d’étoiles européennes assorti à ses cheveux bleus. Un déguisement photographié des milliers de fois en tête des cortèges et qui ne doit rien au hasard, soigneusement étudié, avec un brin de cynisme et de désillusion :

Avec la montée du populisme, la politique est bien plus qu’avant basée sur la personnalité que sur les idées. Donald Trump, Boris Johnson, Vladimir Poutine : tous ces personnages ne se soucient pas des faits, ou de donner des preuves, ils ont cette énorme personnalité. C’est un exercice où il faut construire son image de marque. Et c’est pour cela que je porte des costumes tout le temps, parce que ça attire l’attention des gens et une fois qu’on a leur attention, on peut leur faire passer une idée.

Madeleina Kay a laissé de côté son cursus universitaire au département d’architecture de l’université pour écrire des chansons, dessiner des images satiriques et manifester dans les rues.
Madeleina Kay a laissé de côté son cursus universitaire au département d’architecture de l’université pour écrire des chansons, dessiner des images satiriques et manifester dans les rues. © AFP / WIKTOR SZYMANOWICZ NURPHOTO NURPHOTO VIA AFP

"prima donna", "petite madame" ou "petite fille stupide"

Et de l’attention, elle n’en manque pas ! Auteur de plusieurs livres, lauréate de la pro-européenne fondation Schwarzkopf en 2018, suivie par plusieurs dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux, Madeleina Kay est invitée à débattre sur les plateaux de télévision, rencontre les députés pour leur remettre une parodie intitulée "Alice aux pays du Brexit". Elle se heurte aussi, au harcèlement sur internet, et aux menaces. "Au Royaume-Uni, on dit qu’il faut avoir "la peau dure" en politique", sourit son père, Barry Pierce : 

Je ne me rendais pas compte de ce que ça représentait jusqu’à ce qu’elle en fasse l’expérience. Ce qui a vraiment été dur, c’est quand les militants de la campagne ont commencé à se diviser, et qu’elle a été critiquée par des gens qui étaient comme elle contre le Brexit. Moi, je n’aurais pas supporté ce qu’elle a vécu, mais ça l’a indéniablement rendue plus forte.

Car au-delà du combat politique, c’est aussi aux comportements sexistes, que Madeleina Kay a du faire face, y compris au sein des mouvements pro-européens censés la soutenir. "Ils n’aiment pas que ce soit une jeune femme qui s’exprime, dit-elle d’une voix tranchante. On m’a traitée de "prima donna", de "petite madame", de "petite fille stupide", et toutes ces choses condescendantes. Et quand j’ai fait le tour des 27 pays de l’Union l’an dernier, j’ai subi du harcèlement de rue dans tous les pays où je suis allée. Depuis le petit niveau des gars qui vous crient bonjour sans raison, jusqu’à des gars qui m’ont suivie dans la rue, demandant où j’allais, m’insultant, ou en essayant de m’embrasser. C’est effrayant, intimidant, et ça m’inquiète vraiment de voir que ça se passe dans des lieux publics, en Europe." 

Pas de destination idéale donc, mais la jeune femme envisage de quitter le Royaume-Uni pour échapper au Brexit et s’installer ailleurs. "Peut-être à Berlin", dit-t-elle, pour "continuer a peindre et a écrire". En attendant, elle a déjà commencé a traduire les textes de ses chansons.

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