C'était le 17 juin 2012 : Mohamed Morsi battait l'ancien Premier ministre Ahmed Chafik, la première présidentielle libre après la chute de Hosni Moubarak. Un an après, que reste-t-il de cette victoire et de la Révolution ? Reportage de Vanessa Descouraux.

Des femmes manifestent en soutien au président Morsi...
Des femmes manifestent en soutien au président Morsi... © Radio France / Vanessa Descouraux

Il est le premier président civil du pays : Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans. Son élection, en juin 2012, avait suscité énormément d’espoir. Mais un an après, le constat est rude : le pays est divisé comme jamais.

Quand on pousse la porte du QG des anti Morsi (un appartement d'un vieil immeuble du centre ville du Caire), on tombe sur une montagne de papiers, des pétitions. Les opposants ont recueilli plus de 15 millions de signatures dans tout le pays, et à chaque fois, les habitants réclament une élection présidentielle anticipée. Cette pétition porte un nom : Tamarod, "rebelle".Les Tamarod c’est aussi un impressionnant réseau de petites fourmis, partout dans la ville, les rues, le métro. Ils appellent à une grande manifestation ce dimanche, le 30 juin. Un an jour pour jour après le premier discours de président de Mohamed Morsi. À l'époque, il se présentait comme le président de tous les Égyptiens.

Sur ce point-là en particulier, il a considérablement déçu.

Vers une deuxième révolution ?

C’est en tout cas le vœu de ce mouvement, mais comme toujours, l’opposition politique semble dépassée, déconnectée. Et c'est surtout une initiative sans leader.

...mais le président égyptien est loin de faire l'unanimité
...mais le président égyptien est loin de faire l'unanimité © Radio France / Vanessa Descouraux

Bref un mouvement qui pourrait n'être qu'un coup d'épée dans l'eau.

Car en face, la méthode des Frères musulmans est toujours aussi efficace. Ils continuent de faire ce qu’ils ont toujours fait, ce qui a bâti leur crédibilité : l'action sociale sur le terrain.Dans les quartiers pauvres, ils vendent des produits de première nécessité, beaucoup moins cher que partout ailleurs. Sucre, huile, viande…

Pourtant ce travail social et son influence son le paradoxe des islamistes au pouvoir. En théorie, c'est justement à l'État, donc à eux-mêmes, de trouver des solutions à ces problèmes. Un paradoxe que les Frères musulmans balayent.

Ils rappellent que Mohamed Morsi a objectivement hérité d’une situation délicate. C'est d'ailleurs pour cette raison que sa base électorale reste solide, en particulier dans les campagnes. Dans son village natal à El Edwa, 7.000 habitants, le soutien est presque sans faille.

Pourtant, même là, on trouve un opposant à Morsi, dans son propre village. Mais quand on veut l'interroger, la foule de partisans devient hystérique... Et arrache notre matériel. Nous ne sommes plus les bienvenus dans la rue.

Une mésaventure assez révélatrice du bilan de Mohamed Morsi en termes de libertés, la liberté de la presse notamment. En un an sous Morsi, on a recensé plus de poursuites pour "insulte au président qu'en 30 ans sous Moubarak.

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