Didier Raoult, infectiologue marseillais, ardent promoteur de l'hydroxychloroquine pour soigner le Covid-19, sera entendu ce mercredi après-midi devant la commission d'enquête parlementaire à l'assemblée. Le professeur est devenu ces derniers mois une icône populaire, à la spectaculaire aura médiatique.

Didier Raoult sera entendu ce mercredi après-midi devant la commission d'enquête parlementaire à l'assemblée.
Didier Raoult sera entendu ce mercredi après-midi devant la commission d'enquête parlementaire à l'assemblée. © AFP / Christophe Simon

Pour résumer le phénomène Didier Raoult en une image, il faut remonter au 30 avril. Le professeur, encore inconnu du grand public quelques semaines plus tôt, est acclamé par les taxis de Marseille où il exerce. La vidéo est postée sur les réseaux sociaux :

Mickaël Chevalier a été soigné par Didier Raoult, pour une autre maladie que le Covid-19. Depuis, il lui voue un culte, jusqu'à afficher son visage et des remerciements sur son camion publicitaire.

"Il faudrait qu'il ait une statue à son nom sur le vieux port. Nous il est dans notre cœur, et il y restera toujours. C'est le patron !"

La fierté marseillaise

Didier Raoult, symbole de la fierté marseillaise donc, contre la toute puissance parisienne supposée, décrypte en longueur le sociologue du sport Ludovic Lestrelin dans un entretien sur le site Marsactu. Il dresse le parallèle avec le Bernard Tapie des années 90, alors dirigeant de l'OM. Même posture iconoclaste, même opposition au pouvoir central, et même séduction, bien au-delà de la cité phocéenne. "Il fait du bien", salue Jacline Mouraud, ex figure des Gilets jaunes.

Une popularité qu'il aime revendiquer, comme dans l'interview sur LCI face à David Pujadas diffusée le 26 mai. "Les gens, ils pensent comme moi. Vous, vous croyez qu'ils pensent comme vous mais vous vous trompez. Vous voulez faire un sondage entre vous et moi pour savoir qui ils croient ? Vous voulez voir ce que c'est que la crédibilité?" Une interview qui a pulvérisé les records : 720 000 spectateurs, soit plus du double des audiences habituelles. 

Le porte-voix des oubliés ?

Didier Raoult serait il alors le porte-voix des oubliés ? L'analyse de Gaël Sliman, président de l'institut de sondage Odoxa, qui a testé sa popularité dans un baromètre :

"Les catégories de la population qui sont les plus en soutien, et qui sont les plus demandeuses d'une généralisation de l'usage de la chloroquine, sont les catégories qui se montrent en doute par rapport aux élites, qui se sentent plutôt exclues. Celles qui pensent que la mondialisation avance sans eux ou contre eux, les catégories que l'on a vu se retrouver derrière le mouvement des Gilets jaunes"

Sphère politique

Les discours et les actes de Didier Raoult flirtent parfois avec le politique, comme cette participation annoncée à la revue souverainiste de Michel Onfray, "Front populaire". Il n'a finalement pas publié dans le premier numéro. 

Le professeur soutenu à la fois par les extrêmes, de gauche ou de droite, qui l'utilisent comme arme anti-pouvoir, mais aussi par les pontes de la politique locale. Dans son cercle proche, aux antipodes de l'anti-système, le candidat marcheur à la mairie de Marseille Yvon Berland, le maire LR de Nice Christian Estrosi, et surtout l'ami de la fac de médecine, Renaud Muselier, patron de la région sud Provence-Alpes-Côte d'Azur. Pour lui, l'émergence de son ancien camarade tient surtout à son efficacité :

"Dans cette crise sanitaire, il y a un flottement à tous les niveaux dans les décisions qui sont prises. Lui, il a amené un stratégie très claire."

Le scientifique de terrain, du bon sens, versus les élites technocratiques. Un affrontement dont le professeur aime jouer, le tout soigneusement mis en scène sur les réseaux sociaux, chaîne Youtube et compte Twitter suivis par des milliers de personnes. Comme ce sera le cas, certainement, de son audition devant la commission d'enquête parlementaire ce mercredi.

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